lundi 15 février 2010

Les petits riens

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui ne cesse de me rappeler qu'on est toujours maître de son destin — et unique responsable des grandes décisions qui seules peuvent changer une vie. Dans mon pèlerinage quotidien en terre angevine, cherchant fortune et gloire, j'ai été rejoint par deux autres collègues nantais — un d'eux, John, prend le train tous les jours avec moi. Changement subtil que cette nouvelle compagnie, la conversation me distrait désormais de cette routine presque installée, depuis trois mois. Avec le même parcours, on est à peu près d'accord sur bien des choses, sur la mission, sur notre boîte, sur notre métier en général ; ce n'est certes plus un réconfort, car je crois que seule une minorité d'informaticiens parvient à se satisfaire de son sort — la plupart pense reconversion à moyen terme et c'est toujours un soulagement de pouvoir se projeter à deux dans un avenir plus ou moins proche, d'imaginer des solutions pour faire évoluer sa carrière respective, de penser perspectives.

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui me rétorque que, trois kilos deux cent, c'est quand même un changement substantiel. Si j'ai déjà pris pas mal de bébés dans mes bras, l'émotion est malgré tout particulière — pas aussi intense que je n'aurais pu croire cependant. Cette envie qui parfois me prenait viscéralement a depuis faibli, remplacée par une béatitude simple et sincère, détachée de toute jalousie. Même lorsqu'elle serrait mon doigt de toutes ses forces.

Je me dis, peut-être tout serait plus simple si j'étais gay. Je me poserais moins de questions. Je ressentirais moins de pressions.

De la rue L. m'interpelle, elle suspendue à la fenêtre de sa voiture, moi au balcon en train de fermer les volets. On dirait une mauvaise comédie italienne. Un malentendu sur le déroulement de la soirée, là voilà qui repart — et moi qui manque de l'aplomb nécessaire pour la retenir, j'essaierai après coup de me rattraper par textos interposés. Je me souviens avec résignation, comme je crois être capable de citer précisément à quel moment j'ai merdé dans chacune de mes relations.

Pas de révolutions non plus dans ce domaine, hélas !

J'ai seulement l'impression de savoir mieux choisir. Ou alors d'avoir plus de chance. Ou alors d'être plus patient et compréhensif. De petits riens.

samedi 13 février 2010

L comme Lundi

Dans ma dernière note j'avais évoqué, il me semble, une rumeur vaguement vaporeuse — que je considère, après coup, un peu cavalière dans son propos et que je vais donc m'empresser de dissiper céans. Non que je pense que cela ait pu vous empêcher de dormir mais, sait-on jamais...

Je discutais, car oui ça m'arrive, avec entrain et deux de mes compagnons, tous légèrement avinés, sur l'intérêt relatif des sites de réseaux sociaux — je pense que vous devinez duquel je veux en particulier parler. Eux de démontrer avec cynisme que ce n'est que le pendant modernisé de ces désopilants courriers électroniques, diaporama en pièce-jointe, que nous avons tous eu le bonheur de lire. C'était au siècle dernier, avant l'invention de l'anti-spam. Mais ne faites pas les fiers, je sais que vous avez également tous ri devant les mêmes photos de bébé.

A contrario, j'aurais cependant pu leur arguer du nombre de rencontres et de retrouvailles, certaines stériles, d'autres plus prolifiques, que m'ont permis l'outil — leur prouvant ainsi le certain attrait de la chose, surtout quand on est aussi timide que votre serviteur. Mais je ne suis pas du genre à me vanter du fait que, quelques messages plus tard, les mieux construites des conversations m'ont parfois à dessein conduit, sans mauvais jeu de mots, dans le saint des saints :

La chambre d'une fille.

En tout bien tout honneur, évidemment. Car si je parlais avec amusement des souffrances du jeune Werther, c'était non sans noter l'ironique similitude entre ces escapades et la passion sincère, vibrante et dévorante du héros de Goethe pour sa belle, inaccessible Charlotte. Et comme bien souvent le coeur de ces demoiselles est déjà promis, et comme bien souvent je m'égare dans la familiarité de confidences bien impudiques, plus les choses vont plus je pense que tout le monde me prend, en fin de compte, pour le bon ami homosexuel de service. C'est la seule explication que je parviens à échafauder, pour le détachement qui transpire de leur présence et le sentiment de sécurité que semble produire sur elles mon apparente inocuité.

Il y a un peu de vrai cependant. Je préfère mille fois une présence féminine, fut-elle dénuée de toute intrigue, à celle de mes propres camarades. Ce sont les seules filles que je trouve à la fois touchantes dans leur humour, toujours hésitant, et intéressantes dans leur façon d'appréhender ce monde. Bien souvent les garçons n'ont que des traits peu subtils, voire largement graveleux, et ne paraissent s'attacher qu'aux questions matérielles.

Lundi, je suis invité à boire un verre chez L., qui loue un minuscule studio perdu dans la ville. Elle a les traits de la jeunesse et des attitudes d'enfant, des yeux bleus profonds et résolus, ces façons de se déplacer presque en jouant. Elle est brillante, elle travaille, beaucoup. Elle est polyglotte et musicienne. En bonne campagnarde, elle se plaint de la distance glaciale entre citadins — elle m'ouvre donc un peu de sa vie de famille. Je réponds, m'épanche sur mon quotidien et mes attentes, comme de plus en plus souvent. Si j'ai l'impression d'avoir mûri dans mes conversations, je pense aussi être devenu plus ennuyeux. Elle, rêve, l'éventail du possible au pied de ses bottines d'étudiante. Elle part bientôt, elle veut se mettre au pair à l'est, peut-être pour échapper au gris de la ville.

Je suis ravi de la connaître — on a, évidemment, pas mal en commun. Et puis pour une fois je suis récompensé de ma curiosité et de mon envie d'aller vers les autres. De quoi excuser, largement, le bruit environnant qu'on peut entendre sur Internet.

jeudi 04 février 2010

Suspension

Quand une fatigue profonde ne s'empare pas de moi, aussi subitement que la lassitude d'un quotidien qui s'installe désormais dans la durée, j'essaie de lire les lettres du jeune Werther. Je m'étais d'ailleurs promis d'entamer cet ambitieux projet, construire de façon plus posée et plus organisée une collection de mes critiques littéraires et cinématographiques. Devant le peu d'enthousiasme (voire d'intérêt) que pourrait susciter la chose et aussi parce qu'il me semble, j'ai tellement mieux à faire, j'ai finalement abandonné. Mais ce n'est que pour mieux t'en faire profiter, cher Wilhelm, en lieu et place de ces fiches de lectures qu'on imagine à l'avance monocordes et prétentieuses, du simple et étonnant parallèle que je peux tirer du roman épistolaire avec le récit même de ma propre vie.

Je pourrais parler d'Homère, évidemment, mais ça n'est qu'une broutille. Non, c'est plutôt pour la nouvelle tournure que les évènements semblent vouloir prendre, sans que je sache vraiment si cela est de mon propre fait ou si, au contraire, c'est l'univers qui a du jour au lendemain décidé de me faire une fleur. Je pourrais parler de mon existence virtuelle, peut-être, puisque dans mes échanges j'ai dépassé le stade fatidique du quatrième message privé, moment où habituellement je deviens pataud et pénible — mais plus là dessus dans une prochaine lettre.

Non, ce soir je voudrais retranscrire un souvenir précis afin d'en garder une trace — qu'elle me rappelle dans quelques mois par où je suis passé et, après plusieurs années, comment j'ai évolué. J'ai cessé, il me semble, d'agir en ermite ; j'ai accepté l'autre, à petite dose. Et si, plongé dans son regard pour le jeu de l'exercice, il m'arrive encore de détourner les yeux, par pudeur, par timidité, il m'arrive de prendre les devants et de provoquer l'échange.

J'aime par exemple quand le hasard des alignements nous range l'un derrière l'autre et, quand je me retourne, je découvre prétendument celle avec qui je dois pratiquer. Je feins le détachement, force le trait, une façon comme une autre de m'imposer. Mais ce n'est qu'un prétexte pour asseoir mon autorité à prodiguer des conseils et donc, lui adresser la parole ; l'observer, la corriger, faire montre d'attention et lui sourire avec un semblant de complicité ; la toucher également, comme le sport de contact impose une certaine proximité, une intimité de circonstances. Je la retiens, la fais chuter et la relève, sans chercher à profiter de la situation. Je sens son parfum, la gêne est réciproque — l'attraction aussi, je crois.

Ah que mon humeur n'est-elle joyeuse et ma santé revigorée après de tels exploits ! Comme j'aimerais vivre constamment dans ce monde du possible, où rien n'est décidé mais que toutes les alternatives restent ouvertes ; où n'existe que la vérité de la rencontre, où l'on ignore toutes les contraintes du contexte. En ce moment je croise des Charlotte en pagaille et profite du moment pur et innocent, avant la bataille.

Malgré ce que je peux en dire, ça reste une lutte.

mercredi 04 novembre 2009

Suite et fin

Comme c'est amusant, ces petits changements de statut sur Facebook, savoureuses petites piques d'ironie que la vie s'évertue à vous agiter sous le nez, avec cet impayable sens de l'humour dont j'aurais, définitivement, beaucoup de mal à me passer. Quelque part, cependant, je devrais encaisser, admettre, peut-être même me réjouir pour elle ; c'est en tout cas ainsi qu'un bon bouddhiste agirait — de toutes façons je ne peux guère faire grand chose d'autre que, contre mauvaise fortune, bon coeur. Dont acte.

Je me distrais en relevant le côté incongru de l'histoire, qu'on aurait eu du mal à imaginer il y a encore quelques années ; dans l'espace mouvant des réseaux sociaux, étrange amalgame entre communication privée et publique, ce qu'en première intention on ne pense transmettre qu'à ses proches, inconsciemment (ou pas) finit par faire le tour du monde, comme une bouteille à la mer dont on aurait perdu la trace, comme une chaussette sale oubliée derrière un meuble — causant le cas (ci-)échéant les dégâts collatéraux qu'on peut imaginer. J'ai malgré tout du mal à imaginer qu'on peut rester complètement innocent face à ces conséquences.

Bah. Pour ma part je suppose, de toutes façons, qu'à trop jouer avec le feu on finit par se brûler les elles.

mercredi 28 octobre 2009

Deux de perdues

D'elles je peux à présent parler sans crainte, sans cette étrange appréhension que le seul fait de les évoquer suffise à me porter malheur, entre guillemets, à biaiser un début de relation, à pervertir un semblant d'entente. Sans crainte dis-je, parce que désormais elles sont loin, parce qu'elles sont distantes, dans l'espace, dans le temps — ou bien les quatre à la fois. Ces histoires je peux les raconter parce qu'elles sont devenues sans enjeu, presque étrangères, comme celles d'un personnage qui aurait joué mon propre rôle.

Il y a Sara et le hasard qui croise nos regards et nos sourires, un soir où c'est tramway parce que la flemme, et juste avant qu'elle ne descende, un hochement de tête comme pour dire, bonjour — Sara dont j'ai perdu la trace à la fin d'un été, ça fait presque deux ans, un peu par la force des choses, un peu parce qu'elle me rappelait trop de choses.

Il y a Leïla qui vient briser la glace après quelques oeillades hésitantes, dans cette soirée au bout du monde où je ne connais (presque) personne ; c'est la soeur de, je suis le cavalier de, quelques verres, quelques points communs, deux ou trois anecdotes amusantes, qu'est-ce que je ne sais pas m'y prendre avec les filles... Leila, elle, en bonne parisienne, chasse, quand bientôt sa proie fait son entrée dans la pièce, avec un peu de retard, suffisamment en tout cas pour qu'elle se jette littéralement dessus.

Je reste dans mon coin. Je regarde les gens vivre.

vendredi 11 septembre 2009

999

Le quotidien révèle parfois quelques bonnes surprises, un patio aménagé dans une véranda entièrement en bois donne en fond de cour sur une forêt tropicale miniature et tout de suite on se croit au bout du monde. J'en avais parfois eu l'intuition, la découverte de ce restaurant rue de l'Emery me l'a confirmée ; derrière nos façades nantaises pourtant si familières, blanches, bourgeoises et cossues, se cachent parfois de petits havres paradisiaques empreints de cette douce saveur que seuls laissent les endroits trop rares qui arrivent à t'extraire du quotidien. De ce neuf septembre j'aimerais retenir cette image d'un de nos derniers déjeuners avec Jill, qui du reste a officiellement quitté la société ce jeudi soir. Drôle d'impression, comme derrière sa façade de nantaise pourtant si familière, sérieuse, citadine et sophistiquée, on devine la vraie Jill, un peu susceptible, mais tellement attachante. Ikéa, compacts discs et séries américaines, peut-être finalement qu'on aurait pu être potes dans une autre vie. Je la quitte définitivement sur un énième trait d'humour vaguement décalé, un merci pour l'apéro qu'elle nous offre, un merci sous-entendu pour tout tout le reste.

Plus tard, Ségo et Yo passent manger à la maison. Avec le match en arrière plan, ils nous racontent les détails de leur voyage en Thaïlande et les mésaventures que réserve, parfois, l'amitié mise à la dure épreuve du quotidien. Je compatis. Ils me font le plaisir simple de quelques cadeaux (en avance) pour mon anniversaire, je leur fais montre de mes dernières expériences culinaires. Cette grande tristesse que j'avais ressentie entre eux, il y a quelques semaines déjà, est apparemment passée désormais. Et si j'ai ma petite idée, je ne saurai probablement jamais de quoi il s'agit vraiment. On boit, on rigole, on évite (presque) les sujets qui fâchent, un jour il faudra que je leur explique où j'en suis vraiment.

Si tant est que je soie capable de me l'expliquer à moi-même, m'avoué-je, comme je parcours le Facebook d'Elise — avec pas mal de regrets. Vingt neuf ans. Peut-être devrais-je arrêter de rêvasser et me résigner au seul choix raisonnable que tous les signaux pourtant me dictent.

vendredi 21 août 2009

Backfire

Évidemment, ça casse. Non mais franchement j'espérais quoi ? Sans doute m'en tirer à bon compte, comme d'habitude, avec si possible le minimum d'efforts ; sans doute remercier un hasard qui fait trop bien les choses et m'aurait permis, d'une pierre deux coups, d'arrêter de mentir à mes amis. Trop heureux que j'étais, pensant que l'annonce fantaisiste de la fin de mon célibat aurait suffi à détourner leur attention, voilà que ça s'est retourné contre moi et qu'ils veulent désormais tous la rencontrer. J'espérais me tirer une fière épine du pied — voilà qui devrait au contraire désormais me donner une bonne leçon. Seulement puisque ce n'est pas du vieux singe qu'on chasse le naturel, me revoilà de nouveau à la case départ. Avec même un léger handicap en plus.

dimanche 16 août 2009

Retrouvailles virtuelles

Salut et joyeux anniversaire ! Alors qu'est-ce que tu deviens, toujours sur Nantes, tu as terminé ton internat ? Ouh là, ça fait beaucoup de questions tout ça (smiley) Hé, si ça te dit on pourrait aller se boire un verre un de ces quatre, en souvenir du bon vieux temps. Là, je rigole intérieurement. Je ris de tous ces mails écrits avec plus ou moins la même tournure, un ton naïvement neutre, une tentative d'humour un peu maladroite et cette fausse interrogative finale, suffisamment peu franche malheureusement pour qu'elle n'invite pas d'autre réponse que non, merci, je préfère aller nourrir mon poisson rouge.

Quelle ironie. Si à l'époque je m'étais bien demandé, comment est-ce que je pouvais espérer la retrouver, c'est complètement idiot comme il a suffi qu'un soir, un an après et sans aucune conviction, je google son prénom + stage médecine pour tomber directement sur son Facebook. Enfin, quasiment. Disons plutôt, sur le site d'une des associations dont elle s'occupe. Après, avec un nom de famille, quelques dates et un soupçon de profiling, c'est tout de suite plus facile. Accessoirement j'apprends qu'elle préside une corpo d'étudiants et une loi 1901 à but humanitaire. Je suis impressionné. Quelques liens plus tard me voilà donc à cliquer sur envoyer un message à Élise Rxxxxx.

Et là c'est le drame, la hantise de la page blanche. Crainte de dilapider l'occasion, trop belle, peur de passer une seconde fois à côté de cette fille, de cette fille géniale, que je croyais désormais à jamais perdue. Je crois que je ferais sans doute mieux de la jouer plus subtil. Oublier le mauvais gag du copains-comme-cochons-comment-ça-tu-ne-te-souviens-pas, éviter le ton soirée-entre-potes. Un peu de classe que diable ! A la James Bond : vous faites quoi ces vingt-cinq prochaines années ? Ou alors comme dans les beaux gosses. Tu veux sortir avec moi ?

Comme dirait Frantico, ça passe ou ça casse.

samedi 11 juillet 2009

Limites

Vraiment, je ne sais pas. Au fond, je crois que ce n'est pas plus mal que les vacances arrivent, que tous soient se désormais évaporés dans la nature, j'aurais sinon probablement fini par faire une connerie. En même temps, il vaut sans doute mieux m'entendre dire ça que d'être sourd, car la situation n'est du reste pas forcément pour me déplaire. Avec H. d'une part, mais est-ce que ça mérite même que je le mentionne ? Et avec A. d'autre part, là c'est différent. La vérité, c'est que ça fait une éternité que je n'ai pas fait de nouvelles rencontres, que je n'ai pas croisé de nouvelles personnes avec qui j'aie vraiment envie de faire connaissance. Je tourne toujours dans les mêmes cercles, c'est bien comme ça, mais de nouvelles têtes des fois ça change les idées. Évidemment son verbe est facile, je m'en rends compte au restaurant, j'ai tendance à aller vers ces personnes là, pour des raisons d'ailleurs assez simples à imaginer. Mais ses histoires sont intéressantes, ses anecdotes plutôt amusantes. Et puis quelques années de plus font parfois la différence, pas trop, juste ce qu'il faut. C'est peut-être aussi une sorte de défi que je me lance, en cette période d'introspection existentielle pré-trentenaire. J'ai l'impression de plaire et j'aimerais bien essayer de pousser l'avantage. Pour voir. Ou alors peut-être est-ce le contraire, c'est peut-être moi qui ressens une forme d'attirance, qui m'intrigue, parce que ça ne s'était jamais passé de cette façon. Pas de manière aussi lente et insidieuse, pas petit à petit sans que je m'en rende à peine compte. Il faut m'imaginer dans le tram, caché derrière des vitres épaisses et des lunettes sombres, tester mon sourire sur des regards inconnus. Voilà ma nouvelle marotte, preuve que la subtilité ça n'est pas forcément mon truc. Je me laisse donc aller, vers où, je ne saurais pas bien dire. En même temps ça n'est pas forcément très élégant de faire ce que je m'apprêtais à faire, juste pour me prouver que je pouvais le faire ou, pire, par simple curiosité. Heureusement donc, en cette fin de semaine tous sont donc partis au soleil. On verra à la rentrée.

dimanche 14 juin 2009

Loin

Il a quatorze ans lui ? Non mais je le crois pas ! Quoi, il a quatorze ans lui ? Attends, moi j'ai quatorze ans ! En fait, si ça se trouve il est même plus vieux que moi, le petit gars ! C'est vrai qu'il ne les fait pas, il a plutôt l'air d'en avoir dix. Quatorze ans ? Bah oui, moi je suis de la fin de l'année !

Enfin, tu sais, toi non plus te ne le fais pas, ton âge. Moi je t'en donnais bien seize, alors tu vois. D'ailleurs j'en viens même à me demander ce que je suis en train de faire, là, debout dans les coulisses du concert, à attendre notre tour de jouer, à flirter avec une gamine. Tout a l'air si simple à cet âge là. Pas vraiment de sous-entendus, pas de soi-disant subtilités, on lit dans les filles comme dans un livre. Un peu comme dans Les Beaux Gosses — courez le voir et regardez bien les détails. Moi, je ferais bien de m'éclipser en quatrième vitesse avant de faire une connerie.

La salle est perdue dans la campagne, il faut presque une demi-heure de bus pour y aller. Sans compter la marche. Et puis l'ambiance fait vraiment trop fête de l'école. J'attends désespérément les derniers morceaux, ceux des adultes, soi-disant. Mais ce ne sont que de gentilles reprises bien trop plan-plan de standards du jazz.

On dirait un orchestre de mariage.

Mais pas de honte à avoir, après tout ce ne sont que des amateurs. D'ailleurs nous aussi, nous massacrons gentiment notre morceau. Un des profs vient remplacer au pied levé notre batteur, je ne manquerai pas d'aller prétentieusement l'engueuler à l'entr'acte. Sans vergogne aucune, je lui reprocherai le rythme du morceau qui s'emballe, comme on termine par envoyer nos accords de blues au pas de course, du grand n'importe quoi. Il n'y était pour rien évidemment. Je suis déçu. Pour une première, je suis déçu.

mercredi 01 avril 2009

Samedi

Christine me donne régulièrement des coups dans la jambe, avec son pied ; et quand son amie Cécile vient s'asseoir à côté de nous, elle se colle encore plus à moi, comme si nous étions vraiment proches. Je n'avais pourtant pas l'impression que ce fusse le cas. Surtout qu'elle vient se s'installer chez son probable futur mari. Allez comprendre. Je l'ai croisée par hasard en ville, elle allait à l'exposition à la Manufacture. Je l'ai suivie sur un coup de tête, chamboulant mon programme reglé à la minute, assez rare pour être remarqué. Mais elle est vivante et drôle, finalement ce fut une belle après-midi. Je ne sais pas comment je me débrouille pour me retrouver dans des situations pareilles, ça arrive malgré tout assez souvent, quelque part ça n'est pas non plus pour me déplaire. Juste à côté de chez moi, il y a un salon de thé, un café pour petites princesses, la bourgeoisie provinciale. Un endroit de filles, comme dit Christine — ces filles qu'on croise dans la rue, avec leur style à la parisienne, grandes écharpes, leggings, ballerines. On est assis par terre, les uns entre les autres, ambiance je prends le goûter avec les copines, des petits gâteaux artisanaux, de la pâte à tartiner, du Marabout Cuisine. C'est décoré comme un petit appartement, passez boire un chocolat chaud à la maison, du jonc de mer, des coussins sur le sol, de petites tables basses. A force les discussions se croisent, avec la serveuse et les nanas d'en face, tu as mis quoi dans ce mi-cuit, c'est moche ces tableaux, il est sympa ton nouveau copain. Je sais, je n'ai rien à faire là, mais c'est un peu comme d'être dans les vestiaires féminins à la piscine. Et tout le monde me sourit, normal je suis le seul mec dans la pièce, j'aurais voulu faire mon outing ça n'aurait pas fait dénoté dans le paysage. Virée dans un autre milieu social enfin, auquel il est vrai je concède parfois quelques signes d'appartenance, que j'apprécie et que je fustige tout à la fois ; pour ses semblants de savoir vivre et ses restes de bonne éduction — contre son côté élitiste et un peu coincé. Et je ne vois que la partie émergée de l'iceberg.

lundi 02 février 2009

Saturday Night Fever

Ah les plans de la fille, je vous jure. Des fois il vaut peut-être mieux en rire. Mais je ne lui en veux pas — ça m'a permis de passer une assez bonne soirée. Vendredi elle me Facebook un plan bizarre, quelque chose du genre sortie entre célibataires, présence masculine appréciée. Connaissant ma faible capacité de résistance, dès qu'il y a le mot alcool dans une phrase, j'ai signé sans réfléchir. Rendez-vous est donc pris au Dock Yard, juste à côté du Ferrailleur, pour onze heures et des brouettes. Déjà, vu le timing j'aurais dû me méfier, ça sentait la discothèque à plein nez. En plus, en lieu et place de célibataires, je me retrouve en face de Christelle avec un K — la femme d'Arnaud, merci de suivre — Gaëlle, la femme de Richard, Sandrina du mari de laquelle j'ai oublié le prénom et quelques autres dont la mention ne mérite sans doute même pas que je m'évertue à essayer de retrouver leurs pseudonymes. Bref. Respectivement, nominés pour le rôle du meilleur espoir masculin, nous avions François, une longue histoire, un improbable Jésus-Christ, égal à lui-même, impossible qu'il nous déçoive un jour, et votre humble serviteur. Qui faisait donc contre mauvaise fortune bon coeur, au moins ai-je pu en profiter pour écouter François me raconter ses voyages — pour revoir aussi les amies de la fille, m'étonner toujours de cette relation presque fusionnelle entre elles, dont évidemment je resterai à jamais jaloux. Sans oublier le fait que je soie secrètement amoureux d'une d'elles, mais ce ne sont pas des choses à avouer à une mère de famille. La boîte, donc, car ce qui devait arriver arriva, non sans moulte palabres et autres négociations — deux heures et seize euros plus tard nous voilà au Royale, façon revival du Jacky Show, en train de nous déhancher gentiment sur la surprenante et intarissable compilation de ce que les années quatre-vingt ont produit de meilleur — et Dieu sait que cette décennie a été florissante. On se marre, pas mal, on discute, mais pas beaucoup. Des fois je m'éloigne volontairement, façon vieux loup solitaire, mais la meute se rappelle souvent bruyamment à mon souvenir et les filles hurlent à ce que je les rejoigne. La nuit avance, sur la piste Anna semble essayer d'établir un contact, des gestes, des mimiques, c'est amusant. S'il m'avait resté un peu de présence d'esprit j'aurais essayé quelque chose ; c'était facile, sans même le faux semblant d'avoir à entretenir la conversation. Mais il a suffi d'un ou deux levers de bras pour que mon état de déliquescence se rappelle de façon aussi vive que soudaine à mon odorat. Et puis de toutes façons, je ne tente jamais rien le premier soir, c'est ma nouvelle règle. A la sortie, je sors mes rituelles et lourdingues petites blagues à la vestiaire et au videur. Pour conclure plutôt plaisant donc, un brin longuet sur la fin et dans l'ensemble assez loin du résultat escompté. Mais ce n'est pas comme si c'était une cause désespérée, n'est-ce pas ?

jeudi 28 août 2008

De ce qui parfois vous meut

Je soupire enfin, car ce n'est pas si souvent que ça m'arrive, j'en viens à parler avec une parfaite inconnue d'autre chose que de parfaites futilités. Ces discussions plus ou moins spontanées, dont le but est à mon avis de simplement de combler le vide et éviter un silence trop gênant, se cantonnent la plupart du temps aux sujets les plus banaux comme la météo ou le dernier épisode de Secret Story. Et voilà que je me retrouve, au détour de divagations sur mes futures vacances, à parler de religion, de politique, de société. J'ai toujours voulu évoquer ce genre de sujets, voilà que le hasard m'en offre l'occasion, par-dessus tout sans aucune préméditation. En plus c'est simple car je n'ai presque pas besoin de la relancer et la conversation est presque naturelle — non, c'est peut-être moi qui m'habitue à l'exercice et puis le fait qu'on soit plutôt du même bord, ça aide. Comme c'est agréable de rencontrer des gens intéressants et à qui tu as vraiment quelque chose à dire. Même si, le truc un peu idiot, nous avons échangé pas mal de points de vue, mais ni nos prénoms, ni nos numéros. Ce n'est pas si grave, je serai sans doute amené à la revoir. Enfin je ne sais pas, je ne voudrais pas à me lire donner l'impression de faire une fixation là dessus. Seulement, quelque part ça m'aide à cerner plus précisément ce que je cherche et à comprendre, aussi, ce qui a pu me manquer dans mes précédentes relations et les raisons de leur échec. Plus je croise des personnalités différentes, je veux dire, plus je me donne les moyens de me confronter à l'extérieur, mieux je comprends ce que je suis. Tout ça n'est donc peut-être pas si désespéré, en ce moment j'ai envie de croire dans l'avenir.

vendredi 11 juillet 2008

Là-bas

Je revois ton regard, caché derrière ces immenses lunettes et cette perruque rose, évidemment tu n'es pas dans ton état normal, mais après tout n'est-ce pas dans ces moments où l'on perd contact avec la réalité, qu'au fond on révèle sa vraie nature ? Caroline, tu viens vers moi comme si on se connaissait depuis des années et ça me touche. Je revois ce sourire, franc et large, et je t'entends à nouveau me parler de choses insignifiantes, t'excuser aussi pour ces quelques imbécillités, symptôme habituel des inévitables excès que la jeunesse toutefois vous pardonne, comme il faut bien qu'elle se passe. Quelques heures d'absence, tu me demandes de rester t'attendre, alors je reste. Et je me souviens de ma surprise, le lendemain à ton retour, je revois ton regard qui se montre, enfin, et l'éblouissante clarté de ces yeux verts presque surnaturels. Comme samedi qui vient, je dois les croiser à nouveau, nous devons nous retrouver dans cette ville du bord de mer, avec laquelle mon histoire semble étrangement liée. L'impatience m'anime, l'inquiétude aussi, mon départ précipité n'a peut-être pas arrangé les choses. Je me demande si tu te rappelles, comme je me rappelle, ou si ce n'était qu'une conjonction de coïncidences mal interprétées, habitude symptomatique de mon excessive solitude. L'histoire seule nous le dira.

Antidaté de quelques semaines.

dimanche 22 juin 2008

Conjonctures

C'est toujours un peu la déprime en ce moment – comme d'habitude, cher lecteur, tu me diras. Et pourtant je trouve à m'occuper ; cette histoire de recherche d'appartement, en fin de compte, ça prend pas mal de mon temps. Même si je n'en suis qu'au début, entre les visites, les rendez-vous conseil et les entretiens de financement, il y a de quoi faire. Je finis de me convaincre que c'est le bon moment pour acheter, entre l'immobilier qui ralentit, les taux qui ne sont pas encore remontés, mon âge et mes revenus qui me donnent encore droit à des aides. Tout ça ne durera pas, évidemment. Malgré tout je patauge quand même pour trouver mon nouveau chez moi – et ça me contrarie légèrement d'ailleurs, comme j'avais choisi l'actuel au bout de la première visite. Ça ne me tombe plus tout cuit dans le bec. Mais voyons le bon côté, ça devrait m'apprendre à être patient. Ça m'apprend en tout cas l'humilité, comme l'inévitable comparaison de ma situation avec celle de l'acheteur type, est loin d'être autant à mon avantage que cela.

De ma situation.

De ma situation de vieux trentenaire célibataire.

Je suis en boîte avec Kévin. Nous sommes entourés de post-adolescent(e)s, venu(e)s fêter la fin de leurs examens. Dans le bruit de la foule, je lui glisse avec un signe de la main un elle est vraiment super jolie – mais la fille en question nous entend accidentellement, sa copine et elle s'échangent alors quelques mots en riant, le regard dans notre direction. Moment surréaliste. Qui passe et ne donnera rien. À bien l'observer, je crois que mon ami comprend enfin, comme moi il y a un certain temps maintenant, que ce n'est pas dans ce genre d'endroits qu'il trouvera celle qu'il cherche. La vérité est ailleurs. Tant mieux, car ces sorties improductives commencent à me peser. C'est que je n'ai plus la forme de ma jeunesse. Enfin c'est idiot de dire ça, je n'ai jamais été aussi sportif qu'en ce moment. D'ailleurs, je ne l'avais pas mentionné ici, mais j'ai passé ma ceinture bleue il y a quelque temps déjà.

La semaine prochaine, nous retournons aux Sables. Moi, j'y vois un peu le signe que j'attendais. Et secrètement j'espère la revoir et que ça devienne vraiment sérieux. Parfois les gens me demandent, où est-ce que je trouve le temps de faire tout ça, la musique, la photo, le poker, le taekwondo et les sorties à droite à gauche.

C'est fou ce à quoi l'ennui et la solitude peuvent vous amener.

samedi 31 mai 2008

Triptyque

Je me retrouve comme un imbécile, avec juste un prénom, un prénom quelconque, et le fait qu'elle soit interne en hôpital, quelque part sur la côte. A chaque fois c'est la même chose. J'hésite toujours à partir, merci pour l'invitation, ça me touche, mais visiblement les astres n'ont pas vraiment l'air décidés à ce que je vienne. Une heure et demie de route et pas de voiture, Philippe et Julie qui appellent au dernier moment pour expliquer qu'ils ne peuvent plus m'amener, et puis en fait si, et puis en fait non, moi je me démotive un peu. Et puis finalement tout s'arrange, finalement je viens, je bois et je m'amuse. Comme d'habitude. Pas tout à fait comme d'habitude, à nous trois nous sommes un peu les vilains petits canards, perdus au milieu d'une trentaine d'étudiant(e)s en médecine. Mais ça se passe bien. Ca se passe très bien. Je ne sais pas pourquoi mais tout le monde me saute dessus, ça doit être le tee-shirt rayé ou la tenue de pirate, soirée déguisée oblige. Et voilà. Je me retrouve comme un imbécile, avec juste un prénom, un prénom quelconque. Bien sûr, je pourrai demander à Christine, bien sûr je pourrais faire des pieds et des mails. Ce qui m'ennuie surtout c'est que je ne sais pas comment sembler naturel. Car j'ai décidé que je ne devais plus me forcer, trahir ma nature, si je dois faire autant d'efforts, c'est probablement parce que ce n'est pas pour moi. Oui, c'est un peu paradoxal. Laissons faire le destin. Et si les étoiles disent qu'on doit se revoir, on se reverra.

jeudi 17 avril 2008

Déjà vu

Ah, Jill. Je la revois adossée à un coin de la cafétéria, sous les questions inquisitrices de ses ingénieurs un peu trop curieux, en train d'essayer d'expliquer le soudain départ de Marie. Après tout vu le temps qu'on y passe, si on ne s'éclate pas à son travail ça ne vaut pas la peine d'y rester. C'était touchant de sincérité et de mièvrerie, mais je pense qu'elle y croit vraiment. J'adore son air calme empreint d'une lassitude toute nonchalante, j'adore son style décalé de parisienne chic qui ne se prend pas la tête, j'aime surtout sa voix douce et un peu cassée, un peu comme après une petite grippe le matin au réveil. Et même quand elle hausse le ton, Jill, comme pour y mettre plus de conviction, sa voix reste joviale, suave et sensuelle. Jill, je suis fan.

Nous sommes au restaurant du Lieu Unique, Jill, moi et deux autres collaborateurs, avec les gens de la communauté urbaine. La semaine prochaine, ces chers messieurs vont présenter leur analyse sur l'enquête menée auprès des salariés, à propos de nos modes de transport, et exposer leurs préconisations pour la mise en place du plan déplacement d'entreprise. Pour nous inciter à laisser la voiture au garage, notre employeur va prendre en charge une partie des abonnements de bus, ça et quelques autres mesures complémentaires. Le tout forme la partie transports d'une politique plus globale de développement durable que nous tentons de mettre en place, avec quelques autres. Recyclage, énergie, tout y passe, avec l'aval de la direction. Même si personne n'est dupe, si le patron nous soutient autant c'est aussi parce qu'il a aussi à y gagner en termes d'image. Mais après tout, qu'importe le flacon... Par la force des choses, petite victoire à petite victoire, on changera les habitudes.

Je me dis, peut-être qu'on arrivera à quelque chose, peut-être pas. On nous dit de garder des objectifs raisonnables, pour ne pas être déçus. Par exemple, réduire l'utilisation de la voiture de vingt pour-cent produirait déjà un effet visible. Et pour cela il suffit de la laisser au garage un jour par semaine. Ça laisse de l'espoir. Même si c'est vrai qu'en la matière, j'ai déjà eu des retours d'expérience pas très encourageants, face au mur glacial du nombrilisme ordinaire. J'en vois encore les effets pervers dans ces échanges de mails aigrelets sur notre liste de diffusion interne, à propos des élections à la représentation du personnel – entre préjugés sectaires et branlette intellectuelle stérile. Je méprise la bêtise des gens qui râlent juste pour le plaisir de râler, qui pleurent même avant d'avoir mal, qui tiquent sur des tournures de phrase qu'ils montent comme une mauvaise mayonnaise, trop acide.

Mais c'est ça aussi la vie, on ne peut pas faire son marché, il faut tout prendre ensemble, ce n'est pas l'ingratitude absolue de certains qui doit vous décourager de travailler avec les autres.

vendredi 15 février 2008

Damn, Girl, Damn

Kévin a raison, pire que tout je sais pertinemment que Kévin a raison et pourtant je persiste et signe dans mes pires travers. Donc désormais je décrète, règle numéro 1 : arrêter d'envoyer des mails pour communiquer avec les filles qui sont à moins de dix mètres de moi. Ça a plus ou moins de sens quand les montagnes, les océans ou les petits copains nous séparent, mais sinon c'est juste imbécile et improductif. Même si évidemment c'est plutôt pratique, car le plus compliqué reste de réussir à passer du temps avec elles, au milieu de tous les autres. Compliqué de jouer autre chose que le rôle que vous avez pu vous inventer pour amuser la galerie, compliqué de s'isoler et ne s'adresser qu'à une personne, compliqué d'être franc et premier degré. Comment alors réussir à passer les barrières et mettre en pratique le manuel de la séduction que Kévin nous a transmis en PDF ? — ah ! je ris de moi-même, mais l'un dans l'autre il n'est que rempli de vérités. Au moins par mail il n'y a que nous deux et, aussi, le silence.

Je vous résume la blague. Jeudi soir j'avais ce dîner chez Laurent — où j'ai d'ailleurs vraiment bien mangé, le couscous était juste succulent, j'ai été agréablement surpris. Pour l'anecdote, on a terminé par une partie de poker, ils jouaient tous assez mal sauf Ségo — qui fut cependant relativement facile à impressionner, avec un peu de chance et quelques relances bien senties. Avant de m'y rendre, j'envoie un ou deux messages à Emilie. Je m'étais presque résolu à ne pas le faire, mais deux ou trois demandes d'assistances de sa part auront suffi à vaincre ma volonté : vous savez quand elle vient vous voir avec son parfum rose bonbon, sous le prétexte de vous demander comment tel module fonctionne, alors que vous savez tous les deux que vous n'en avez strictement aucune idée, moi ça me fait cogiter et au final agir de manière pas tellement réfléchie. Il fallait absolument que je lui propose de venir. Hélas, trois fois hélas, alors que j'en étais à aborder la question existentielle : appuyer sur envoyer ou sur supprimer, un jeune imbécile fini avec qui je travaille vient me poser de vraies questions cette fois, sur un programme que j'ai réalisé il y a plusieurs mois. Et il enchaîne et il me tient la patte, interminablement. Ça en devient juste insupportable, mais il a dû se rendre compte que je trépignais du pied. Quand enfin il se décide à me laisser, je clique sur le bouton et... j'attends. Cinq minutes. Dix. Pas de réponse. Je regarde le parking : sa voiture n'était déjà plus là. Mon mail était parti dans le vide et sa voiture n'était plus là. J'étais dépité. J'avais toute l'après-midi pour simplement aller la voir, en plus c'était le plan idéal, Florence devait aussi venir.

Et en fin de compte, rien, le néant. Et ce mail qui traîne dans le vide et qu'elle devait lire en arrivant le lendemain matin. Au début je crois qu'elle me sourit. Bien. Mais moi je suis tellement gêné par ma bêtise que je n'ai toujours pas le réflexe d'enchaîner. Résultat j'attends pitoyablement que ça se passe, je ne la verrai quasiment pas de la journée. Et plus j'y repense plus je crois que ça n'a fait qu'empirer la situation. J'avais l'opportunité de tourner ça au second degré et de remettre les compteurs à zéro, mais, non. Donc voilà, encore une occasion de gâchée.

vendredi 04 janvier 2008

Mademoiselle M.

Kévin m'explique, il faut absolument éviter de leur mentir, parce qu'à partir du moment où tu inventes, tu dois réussir à étayer ton mensonge jusqu'au bout, sous peine de passer pour un sinistre vantard bas de gamme. C'est en fait assez cocasse, parce que j'ai précisément assez de mémoire pour tenir ce genre d'acrobaties sur la durée ; En revanche j'ai souvent plus de mal à me souvenir a posteriori de ce que j'ai parfois pu raconter, avec toute la sinciérité du monde, quand je parle aux gens de que je vis, de ce que je ressens. Des fois, je les surprends à me répéter et je m'étonne de la franchise des paroles ainsi rapportées. Leur ai-je vraiment avoué tout ça, à quel point je m'ennuyais au travail, ma déception sur la tournure que prend ma vie, mes vieux rêves si illusoires ? Et pourtant. Il faut croire j'imagine, que depuis que je me suis décidé à l'ouvrir, je n'arrive plus à couper le moulin à paroles. Des fois je regrette d'être aussi premier degré, typiquement les personnes qui t'emploient n'ont pas à être au courant du moindre de tes états d'âme. Et il y a certainement d'autres de mes travers qui mériteraient parfois d'être tus. Bah. Passons.

Je suis en salle de pause, devant les croissants, je discute avec Émilie. Pas Mademoiselle E., une autre Émilie. Mais il faut croire que toutes les filles sur cette terre ont le même prénom, alors moi en fin de compte je n'y peux pas grand chose. Au début j'avais essayé la théorie de la bille de billard, passer par une tierce personne pour obtenir ce qu'on souhaite, comme lorsqu'on se sert du rebond de la boule blanche sur une autre bille pour marquer. J'avais lu ça dans L'Empire des Anges de Werber, ça semblait clair, limpide, efficace. Ayant malheureusement parié sur le mauvais cheval, je n'ai pas obtenu les résultats escomptés et, contredisant toutes mes théories sur la sociologie des groupes féminins, ces sous-entendus si subtilement suggérés à Florence ne sont jamais arrivés jusqu'à l'oreille de leur destinataire. Ah, sale menteur d'écrivain. Bref. Une chose en amenant néanmoins une autre, nous voilà malgré tout à parler ensemble, devant les croissants, en salle de pause. C'est souvent terre à terre, parfois du boulot, rien de transcendantal. Là encore je ne fais pas tellement attention, si ça se trouve je la dégoûte complètement, si ça se trouve je n'ai pas les mots qu'il faut. Mais au moins on brise la glace, elle vient me parler, je vais la voir. Après, c'est peut-être un gros film que je me fais, c'est toujours possible. Cependant pour éviter de tout foirer comme d'habitude, dans ma tête je me suis monté une sorte de plan d'action Émilie. Dans les grandes lignes, occuper le terrain, phase un, faire passer le message, phase deux. Quitte à être lourd. De toutes façons, je ne reste là bas que jusqu'à mi-janvier. Obligation de moyens donc, pour une obligation de résultats.

jeudi 18 octobre 2007

Briefing

Je passe en coup de vent à l'agence, pour préparer un entretien clientèle qui aura lieu vendredi après-midi. Une mission dans une autre société qui fabrique également des missiles et des sous-marins nucléaires, je crois que le destin essaie de me dire quelque chose. En coup de vent je croise Stéphanie, sur le départ, que j'ai eu par mails interposés durant l'après midi, une sombre histoire de documents administratifs. Comme elle finit de m'expliquer le pourquoi du comment, c'est étrange mais elle me fait penser à Virginie. Elle fait à peu près le même boulot, elle lui ressemble physiquement, en version un peu plus sportive, Nicolas mon commercial chéri m'explique qu'elle fait du football en club. Je vous avais d'ailleurs déjà exposé ma théorie sur les archétypes des salariés de l'entreprise moderne, une fois de plus ça se vérifie. Mais ce dont je me souviens surtout à son égard, c'était la deuxième ou troisième question qu'elle m'avait posé la première fois que nous nous étions vus. Ça se résumait en gros à Yvan, est-ce que tu as une copine ? Vous n'êtes pas très subtiles, les filles.

Exit Stéphanie, donc, qui a des obligations — je me retrouve avec Jill, chargée de recrutement, et Laure son assistante. Qui me claquent la bise. Plus j'accumule d'expérience dans ce domaine, plus je me dis que responsable d'agence, c'est vraiment le meilleur prétexte pour s'entourer de jolies filles. Même si je ne remets pas en cause leur professionnalisme, ce qu'elles me racontent a du sens, leur argumentation très RH se tient. Du reste la simulation d'entretien se passe plutôt bien, même si j'ai un peu de mal à entrer dans le jeu de rôle, moi le candidat, elles les recruteuses. J'ai plutôt tendance à essayer de les faire rire, à donner dans l'autodérision, à prendre ça au second degré. Chose que je serai bien entendu incapable de faire vendredi. Mais il faut avouer qu'à part ça, elles ne m'apprennent pas grand chose, elles pointent du doigt mes tics de langage, elles me recadrent sur des détails que j'ai oublié de mentionner. La faute aussi à tous ces entretiens que j'ai déjà passé. Cependant c'est quand même assez rassurant d'avoir fait cette préparation. Au moins ça m'aura permis de réfléchir sur ce que j'avais à dire. Et puis en fin de compte, je me demande si le but n'est pas autant de remonter à bloc le moral et la confiance du collaborateur, que de le préparer réellement aux conditions logistiques d'un futur rendez-vous. Voir deux adorables minois acquiescer sympatiquement à mon jargon technique assez peu compréhensible, même si je fais volontairement des efforts, les entendre me complimenter sur la fluidité de mon discours, finalement moi ça me motive. Enfin, j'imagine que chacun prend ça comme il veut.

vendredi 12 octobre 2007

Du courage

Résigné, il se dit à lui-même, d'accord, comme tu veux, après tout tu fais ce qu'il te semble le mieux, mais je ne veux plus jamais t'entendre te plaindre. Il rangea alors l'enveloppe, il l'avait retournée dans tous les sens pendant au moins cinq minutes, dans peu de temps elle serait déchirée et jetée dans la première poubelle. Pourtant il fallait se forcer à agir, cela le travaillait depuis là veille, il avait donc gribouillé quelques mots, stupides, un papier anonyme qu'il aura pris toute la matinée à rédiger, assez de détails pour qu'elle puisse comprendre, pas trop car c'était hors de ses capacités. Il s'était obligé à cacheter le pli, à le glisser dans son sac, à retourner là-bas pendant la pause déjeuner, histoire de le déposer discrètement dans sa boîte postale. Ça en était incroyable une telle débauche d'énergie et pourtant, ce sont les scrupules de dernière minute qui l'auront retenu. Certes, il en mourait d'envie, mais pas comme ça, pas à la dérobade, pas par une sorte de jeu de piste tiré par les cheveux. La lettre aurait de toutes façons fini dans une poubelle. Elle aurait essayé de la déchiffrer quelque temps, sous les ires de sa collègue, elle aurait tenté de se souvenir qui pouvait en être l'auteur. Mais s'il la trouvait tellement romantique, la démarche n'était probablement qu'une gaminerie incompréhensible et lassante, qui aurait vite tourné court. Il n'a alors pas voulu gâcher bêtement le souvenir de ces quelques rendez-vous, un peu gênés mais tellement agréables, où il l'aura vue tour à tour éviter son regard, rougir, sourire, plaisanter franchement. Non il fallait trouver un autre moyen, trouver un autre prétexte, avant les échéances de fin d'année, qui arriveraient malgré tout. Je trouve ça dommage d'attendre décembre pour se revoir, voilà comment il avait commencé. Il fallait désormais une autre façon, et faire ça bien, comme des gens civilisés.

dimanche 30 septembre 2007

Décalages

Il m'arrive de pester bêtement devant ma télé, parce qu'un quelconque héros d'une quelconque série semble trop bête pour comprendre les choses qui sont en train de lui arriver, trop déphasé pour déchiffrer les signes qui sont en train de lui être envoyés. Comédie rediffuse la première saison de That 70's Show et, comme à chaque fois dans ce genre de sitcom pour ados, je suis le premier à râler parce que le personnage principal met deux heures à se rendre compte que cette jolie jeune fille est clairement en train de lui faire des avances, et que c'est souvent trop tard qu'il réalise. C'est frustrant, c'est absurde, c'est irréaliste, comment peut-on être aussi aveugle ? Mon cher Yvan je te retourne justement la question. Après tout ce n'est pas comme si hier soir, en discutant avec une copine, elle t'avait lancé au moins trois allusions au fait qu'il fallait que vous vous voyiez ; pas comme si à chaque fois tu avais éludé avec une blague stupide comme tu sais si bien les faire, avant de carrément changer de sujet. Et par allusion, je veux dire un truc quand même assez direct du genre, je m'ennuie à la maison, ces gens sont inintéressants, tu aurais pu venir, je me serais sentie moins seule. Au lieu de cela, quand environ trois heures après que tu te hasardes enfin à faire un geste, elle est passée à autre chose et se contente de décliner poliment. Bad beat. En fait par moments je ne sais pas trop bien ce qui se passe dans ma tête, par moments j'ai l'impression que mon cerveau est débranché et que je pars en mode auto-pilote / auto-défense. Je suis comme un zombie du petit écran, je suis bêtement et à la ligne le script écrit malicieusement par un rédacteur sadique, dont le seul but est de faire durer autant que possible le suspens, le fil rouge du concept de la série, Yvan : handicapé relationnel. C'est vrai, après tout, si le dénouement arrive tout de suite, le reste n'a plus beaucoup d'intérêt.

mercredi 04 avril 2007

Que voulez-vous...

Il y a cette fille. Ah oui tiens, ça faisait longtemps. Il y a cette fille, à la salle de sport. Ah bin ouais, ça on le sentait venir. Un soir je la vois partir, comme ça je dis à Emilie, tu vois elle, par exemple, elle était jolie. Ah où ça, je n'ai pas vu. Elle ressemble à Laurence Jacquet. C'est dingue mais elle ressemble vraiment à Laurence Jacquet. Sauf qu'elle a les cheveux courts, teints, des lunettes carrées qui ressemblent aux miennes, elle ne sourit pas beaucoup. Même pas pour me répondre. Voilà. Des fois elle me suit, je change deux ou trois fois de machine et elle me suit, elle s'allonge à côté de moi sur faire des abdos. Des fois c'est moi qui la suis. Des fois elle est là alors que je discute avec ma meilleure amie, j'espère qu'elle ne croit pas qu'on est ensemble. Kevin a raison, il faudrait que je me lance. En plus il y a cent millions de bons prétextes. Je sais qu'elle vient tous les mardi, ça je le sais. Mince Yvan, je ne sais pas de quelles autres certitudes tu as besoin. Il faut que je me lance. Ce soir je croise Claire sur MSN. On discute, elle m'embrasse, il a suffi que je me lance. Franchement.

Oui, oui, c'est complètement de la méthode coué.

lundi 08 janvier 2007

Life Update

Dans les grandes lignes hein. Passons rapidement sur le sempiternel bilan de l'année écoulée, dont j'aimerais vous faire grâce puisque j'ai désormais l'impression que le temps passe tellement vite, qu'il y a un an tout semblait possible et que c'est peut-être toujours le cas mais rien ne semble vouloir arriver désormais. La faute à pas de chance. Je fais des paragraphes cryptiques si je veux.

Mon baromètre 2006, je le calerai sur le nombre de filles adorables que j'ai eu plaisir de rencontrer. Voyons, Virginie au travail, une collègue dont j'ai gagné la confiance semble-t-il, qui se montre attentive et affectueuse, que j'écoute et que je rassure aussi, ça me donne l'impression de servir à quelque chose. Geneviève que je n'ai croisée que trop rapidement un matin avant de partir travailler. Alice, qui me fait rire, vraiment, c'est agréable. Claire, du club photo, qui est un peu jeune et qui fait un peu trop adolescente fofolle, mais bon. Plus celles que j'ai laissé filer, la faute à pas de volonté. Lucille du cours d'aïkido, Anne-Lise la consultante parisienne et prétentieuse. Pas si mal comme année.

Samedi soir Emilie est venue à la maison. On a regardé Benjamin Gates (anecdotique) en se gavant de chocolats. Depuis qu'elle a un homme elle semble de nouveau plus chaleureuse. En fait non c'est depuis quelques semaines. Déjà j'ai réussi à lui faire comprendre que si elle voulait quelque chose le plus simple c'était de demander – car visiblement pour vous medames ça demande une certaine gymnastique de l'esprit. Et puis elle a peut-être fini par comprendre que je tenais à elle et que je méritais un peu plus d'attention. C'est con ce que je dis. C'est peut-être aussi parce qu'elle va partir et qu'elle prépare le terrain – ça c'est mon côté parano qui resurgit.

Après on est allé rejoindre Kévin en boîte. Vers deux heures du matin mon regard croise celui d'une brune, cheveux bouclés, sourire joufflu, elle me fait penser à Alice. Pour une fois j'insiste, pour une fois je ne détourne pas les yeux. Je m'approche, on parle un peu, je déteste cet endroit, et ça joue Love Is All de Roger Glover et quand les violons s'emporte elle me prend le bras et commence à (essayer de) me faire valser. C'est la deuxième fois en deux semaines que ça m'arrive. C'est peut-être la chance. Et c'est n'importe quoi, on se cogne, on bouscule du monde, on finit par se faire repérer par un videur. Il la prend à part et lui explique de se calmer, je la perds. Quand je la retrouve je constate qu'en fait elle est complètement saoule et qu'elle est enceinte jusqu'aux dents.

Mais je ne veux pas vous donner l'impression que ma vie ne se résume qu'à une succession de rencontres évanescentes. Voici, par exemple, mes résolutions du nouvel an, perdre cinq à dix kilos, arrêter de mentir, recycler mes déchets et... attaquer. Ça me semble largement faisable.

dimanche 03 décembre 2006

Désolé pour les sarcasmes...

... mais je rumine, toujours. Kévin me demande : c'est incroyable Yvan, tu en arrives à voir deux filles différentes dans une même soirée ; comment tu te débrouilles pour être encore tout seul ? Je sais. Des fois je joue de malchance. Des fois je le fais peut-être exprès, inconsciemment. Pourtant j'arrive à nouer le contact, certes pas dans ces lieux de drague institutionnalisée où il m'entraîne parfois, mais en règle générale et sans trop savoir comment je fais, j'y arrive. Je crois que les filles en général m'aiment bien, peut-être parce que je représente encore cette image du petit garçon gentil et innofensif. Un jour, Émilie m'a sorti : Philippe dit que tu es une perle, elle en aura de la chance la copine, et moi j'ai confirmé. C'est bien, vous êtes gentils les amis, mais j'en ai un peu marre d'entendre ce genre de faux compliments, ce type il est génial mais merci pas pour moi, je ne compte plus le nombre de fois. Un jour je me dirai que finalement vous préférez les imbéciles, parce qu'au moins ils donnent l'impression d'avoir de la personnalité, et peut-être que ce jour là je deviendrai gay ou asexuel ou quelque chose du genre. Qui sait.

samedi 01 avril 2006

Première Compagnie

Je crois que c'est bien la première fois de ma vie que je me retrouve entouré d'autant de filles. Et ça fait vraiment du bien. Et c'est pas du tout ce que vous croyez. Au contraire j'ajouterai même qu'aujourd'hui je suis plus excité par le fait de me faire de nouvelles copines que par celui de me faire de nouvelles conquêtes. Sans mauvais jeu de mots. Même si je me méprends peut-être, à me complaire dans l'ambiguïté de cette séduction sans enjeu, après tout les amis il faut aussi les séduire, quelque part.

Les filles au boulot, je déjeune régulièrement avec elles. Parce que c'est une autre ambiance, accueillante et conviviale. Parce qu’avouons l'inavouable, j'aime les entendre potiner sur tout et n'importe quoi. Et puis comment le nier, parce que par-dessus tout j'adore voir un chaud et large sourire illuminer leurs jolis visages. D'autant plus quand ce sourire m'est ouvertement destiné, à moi et à personne d'autre, comme pour quelques instants je suis parfois le centre de toute cette attention, qui m'irradie. Il y a Virginie, son moulin à paroles vissé sur sa belle silhouette, Emilie avec qui je passe désormais les trois quarts de mes soirées, et les autres.

Là il faut que je vous parle d'Alice. J'en avais presque oublié le bonheur de discuter avec un tel caractère. Quand elle est apparue il y a quelques semaines, son visage m'a tout de suite marqué, et surtout cette sorte d'adorable réserve, craintive et respectueuse. Alors quand elle est partie, allée et venue d'une stagiaire de plus, autre grande première pour ma part, je suis allé vers elle. J'ai retrouvé par des moyens peu avouables le moyen de la joindre et on a, un peu avec l'aide d'Emilie, comme qui dirait brisé la glace. Pour l'instant on se connaît tout juste, mais j'aime déjà son aplomb et sa répartie un peu décalée.

vendredi 30 décembre 2005

Épiloguons...

... puisque c'est désormais la coutume. L'impression que je garde tout de même, c'est celle d'une année qui est passée en coup de vent et dont je n'ai au final que peu de choses à retenir. Le peu de chose en question consistant, pour sa plus grande part, en une logique de l'échec probablement assez risible. Cette année restera celle où j'aurais essayé, indubitablement, même si ça ne fut la plupart du temps que pour me casser lamentablement la gueule ; au moins j'aurais essayé. Cependant, gager que l'année prochaine sera celle de la réussite serait quand même vendre prématurément la peau de l'ours – animal qui reste d'après les observations ce que je peux en faire, un être mystérieux et plein de contradictions. Je devrais faire gaffe avec ces métaphores un peu trop capillo-tractées, moi.

Mais épiloguons, puisqu'il n'y a plus que ça à faire. Autour de quelques SMS et d'une matinée sur MSN, elle avachie dans son lit son portable sur les genoux, moi baignant dans le jus peu ragoûtant d'un réveil de vacances, j'ai finalement fraternisé avec Émilie. Fraternisé, je crois que c'est le terme. Elle finit de me donner le détail de toutes ses histoires, moi je lui explique deux trois théories personnelles ; et je comprends aussi définitivement qu'on ne restera qu'amis. Au fil de la conversation je finis par me dire que c'est mieux comme ça, bien mieux, les intentions qu'elle explicite étant quoique je puisse en dire assez claires. Paco demeurant, par ailleurs, également de la partie, comme elle me raconte l'estime qu'il me porte – et que je lui rends  ; comme elle m'explique aussi qu'ils ont toujours été amis et que ça continuera ainsi, leur aventure relevant, presque, de l'accident.

Épiloguons, donc, parce que l'année qui arrive au fond ne s'annonce pas si mal. Je retire tout ce que j'ai pu dire sur les gens en général et sur le vide dont ils m'entourent en particulier. Je croise à nouveau des personnes que j'ai envie d'apprécier et ceux dont c'est déjà le cas restent pour ce que je peux en dire fidèles au poste. Après tout ça n'est pas si mal.

samedi 24 décembre 2005

Confidences pour confidences

À vrai dire je ne sais pas vraiment si je dois vous mentionner cet énième rebondissement, comme j'ai un peu peur de verser définitivement dans la caricature et comme j'ai promis, aussi, d'en garder le secret. Oh et puis zut !, après tout n'avais-je pas non plus promis à cette chère Émilie de garder secrète l'existence de son cher et tendre ? Ça ne m'a cependant pas empêché de m'épancher joyeusement ici même. Épanchement qui d'ailleurs ne tombe pas plus mal, puisque c'est à propos d'à peu près la même chose dont il s'agit de vous entretenir. N'étant pas, vous l'aurez remarqué, de nature idiote et peu observatrice, j'ai fini par conjecturer avec assez de conviction sur l'identité du cher et tendre en question ; deux ou trois regards surpris ici ou là, deux ou trois allusions qui leur ont respectivement échappé de la bouche, deux ou trois questions qui l'auront laissée muette, j'ai vite fini de conclure. Je crois bien que j'ai raté une vocation d'inspecteur des moeurs.

Vendredi après-midi, la veille du réveillon de Noël, veille également d'une semaine de congés pour ma part, je m'oublie un peu à discuter de choses et d'autres avec ce cher Paco. Avouons, histoire d'être totalement objectifs, qu'on devisait du rebond que je jugeais quasiment parfait du postérieur de la nouvelle secrétaire, considération avec laquelle il n'était évidemment pas d'accord. De toutes façons elle est avec un pompier et ils vont faire construire. Mon entrain redescend d'un cran. Il me rajoute, de toutes façons ça n'est pas dans cette boîte qu'on trouvera notre bonheur. Mon semblant de conviction du paragraphe précédent descend également d'un cran. Pour changer de sujet, il me demande comment ça avance avec Émilie, je lui réponds que ça n'est pas vraiment censé avancer, vu qu'elle est déjà avec quelqu'un. Il me dit que ça peut changer. Il me dit qu'elle est à nouveau célibataire. Il me confie que le cher et tendre en question c'était bien lui, mais qu'ils ont rompu ce jour même. Pourquoi ou comment, il ne me donne pas vraiment de raison, j'évite également d'insister. Mais ça me rend un peu triste, paradoxalement peut-être. Son aveu explique bien des choses et confirme mes hypothèses, mais je ne peux m'empêcher de ressentir de la compassion, comme il joue au fièrot sans pour autant donner le sentiment d'en mener bien large.

Malheureusement ou heureusement c'est selon, la semaine qui vient je serai bien loin de toute cette histoire. Ça n'est probablement pas plus mal au fond, je ne sais pas vraiment comment j'aurais dû réagir. Envers elle surtout, comme j'aurais dû feindre de ne pas être au courant alors que mon empathie maladive aurait sans doute fini par reprendre le dessus. Envers lui également, comme il est au courant de tout. Mais il m'a également proposé une prometteuse soirée entre célibataires. Pour le moment il est sûrement préférable de laisser l'eau couler sous les ponts.

jeudi 15 décembre 2005

Compte rendu de mission, deuxième

Ci-dessous, le copier/coller d'un mail de debriefing que j'ai envoyé après coup :

Je sais pas trop jusqu'où je dois remonter. Toujours est-il qu'on avait convenu d'une soirée cette semaine sans faute et c'est donc lundi que je me suis lancé. Avant d'accepter elle m'a quand même demandé pourquoi exactement est-ce que je tenais tant à ce qu'on se fasse une sortie. Vous pouvez le comprendre de la façon dont vous voulez; soit elle voulait vraiment connaître mes intentions, soit (et c'est plutôt mon avis a posteriori) elle se demandait pourquoi je voulais organiser quelque chose sachant pertinemment qu'elle était en couple de son côté.

Le jour en question finit donc par arriver. Elle vient au travail plutôt mal habillée – alors que lundi elle est venue en tailleur assez classe; c'était plutôt mauvais signe. Enfin plutôt signe soirée blabla gentille avec mon copain Yvan. Du reste elle ne devait pas se changer par la suite, au restau elle portait le même pull bleu pâle dégueulasse. Avant de partir j'en discute inopinément avec Paco, qui me confirme qu'elle est pas célibataire, ce qui vous l'imaginez bien finit de raboter le peu de motivation que j'avais. D'où le SMS dubitatif que j'ai envoyé à Kévin.

On s'était donc donnés rendez-vous à Bouffay vers huit heures, j'avais réservé pour deux au Vieux Quimper (une crêperie comme son nom l'indique) Elle arrive avec dix minutes de retard, probablement exprès. On se pose au restaurant, on discute de choses et d'autres, des trucs très superficiels, le boulot, ses séjours à l'étranger... Je ne me sens clairement pas à l'aise, de toutes façons j'ai complètement abandonnée l'idée de la séduire, donc le repas se passe gentiment mais tourne rapidement court. J'ai quelques blancs un peu gênés, c'est idiot parce qu'elle donnera l'air de penser que c'était de sa faute; la vérité c'est que je n'ai pas grand-chose à rajouter. De façon consensuelle on finit par éluder rapidement.

On partage l'addition. On marche vers ma voiture à un bon mètre l'un de l'autre. Quand on se sépare sur un à demain cordial, très professionnel, il est environ dix heures et quart. Deuxième SMS à Kévin :)

mercredi 14 décembre 2005

Compte rendu de mission

J'ai tourné mes clés dans la serrure, il devait être dix heures et demie. Autant dire que ça a plutôt tourné court. La faute probablement à mon inaptitude désormais confirmée aux comportements sociaux. Car malgré tous les efforts que j'ai pu déployer, malgré toutes les ficelles auxquelles j'ai tenté de rester accroché, je les ai quand même vraiment et consciemment vécus, ces moments de blocage complet où plus rien ne semble vouloir sortir de votre bouche ; où votre regard se perd machinalement dans le vide, n'importe où mais pas dans ses yeux ; où une légère et sournoise panique commence à vous envahir. Pour des centaines de raisons, parce que ses grands yeux bleus vous intimident, parce votre conversation n'a jamais été naturelle, parce que vous vous perdez dans des enjeux et des circonvolutions imbéciles. Heureusement elle a les mots pour me ramener sur terre alors je reviens doucement, par périodes, à une attitude normale. J'irais même jusqu'à faire un bilan plutôt positif, si on considère effectivement qu'il n'y avait pas d'autre enjeu qu'une sympathique bouffe entre collègues ; à ce niveau là au moins la situation n'a pas empiré. Vers la fin du repas on a fini par aborder des sujets un peu plus conséquents, mais j'étais suffisamment épuisé nerveusement pour avoir perdu toute velléité d'approfondissement. Le pire en la laissant, parce vraiment un bar je n'aurais pas pu, c'est qu'elle donnait l'air de penser qu'elle était responsable de mon état, comme elle s'excusait presque des quelques errements de la soirée. Alors qu'elle n'était évidemment pas en cause et qu'en l'occurrence, c'est plutôt moi qui aurais dû m'excuser. Je n'ai pas non plus pensé à le faire. Tant mieux peut-être, j'aurai plus de crédit si on remet ça. Un jour. More as it develops.

lundi 12 décembre 2005

En vrac

Pour conclure en apothéose un samedi de shopping intensif, ma soeur et moi on est allés voir le dernier Harry Potter. Je n'ai pas vu les trois précédents au cinéma, j'ai attendu qu'ils passent sur le satellite, et bien le moins qu'on puisse dire c'est que celui-ci ne rigole pas. L'ambiance est assez glauque, pas tellement plus que les précédents vous me direz : esthétique gentiment gothique et mystique magicienne bon enfant. À cette différence près que les scènes intermédiaires qui émaillaient le récit ont pris une coloration nettement plus sombre : à la place des traditionnels cours de transformation en crapaud ou de lévitation de plumes, les élèves apprennent désormais des sortilèges mortels interdits ; à la place des parties de Quidditch on a le droit à de jolies courses poursuites dans des labyrinthes brumeux et oppressants ; les personnages secondaires tombent comme des mouches... Enfin pas de quoi vous faire frémir, mais le virage mature qui en résulte surprend, tout comme l'avertissement jeune public apposé sur l'affiche, après coup probablement justifié.

Paris, vingtième, le lendemain. Cette fois en plus de ma frangine on ramène donc sur la capitale quelques meubles, achetés dans une grande chaîne de magasins suédoise, et un ordinateur monté de toutes pièces par votre serviteur, en remplacement du portable qu'on lui a cambriolé. Quelque chose de simple et de silencieux, enfin dans le principe, avec surtout un gigantesque 19” cathodique qui mine de rien accuse un poids conséquent. Elle a l'air contente. J'ai de temps en temps un sacré pincement au coeur quand je pense à elle. Des fois elle me demande si je suis heureux, je lui réponds oui pour ne pas l'inquiéter, même si en fin de compte je pense que c'est le cas. Certes les choses pourraient aller mieux, je ne suis pas satisfait de tout ce que j'accomplis, mais je me dis que c'est probablement impossible de l'être. Après un après-midi de bricolage épuisant mais sans vraie prise de tête, ils ont fait de sacrés progrès dans les notices de montage, comme elle nous le propose avec une gentille insistance on est restés dormir chez elle la nuit dernière. Ses voisins nymphomanes n'ont pas donné dans le concert de grognements, mon père n'a quasiment pas ronflé et pourtant j'ai assez mal dormi. Cet appartement a dû définitivement créer un réflexe de stress pavlovien chez moi.

Voilà, c'est à peu près tout. Ah si, j'allais oublier, je viens d'appeler au Vieux Quimper, une crêperie dans le centre de Nantes, où j'ai réservé une table pour demain soir. Pour deux. Pour moi et Émilie. Je ne sais pas exactement où en était mon compte-rendu de la situation, toujours est-il qu'en fin de semaine dernière et pour je ne sais quelle raison, elle me sort un c'est pas encore cette semaine que tu vas m'inviter à prendre un verre, qui lui-même donnait suite à une suggestion que j'ai dû lui faire il y a quelque temps déjà. En tout bien tout honneur bien entendu, étant donnée sa situation. La conclusion de cette discussion étant grosso-modo, la semaine prochaine, sans faute. En fin d'après-midi je lui demande donc si elle a quelque chose de prévu mardi. De prime abord elle accepte, après coup elle fait un peu la fille qui a des doutes. – Pourquoi est-ce que tu tiens à ce qu'on fasse un truc tous les deux ? Je ne suis pas vraiment une pipelette, tu vas t'ennuyer... En soi c'est vrai que le concept reste étrange pour ne pas dire saugrenu. Mais même si c'est le premier rendez-vous que je file depuis à peu près une éternité, même si ça n'est pas vraiment un rendez-vous non plus, je vais éviter d'en faire des tonnes. Voyons ça comme un énième exercice social.

vendredi 09 décembre 2005

Où l'on doit lire entre les lignes

J'aimerais juste que les choses soient claires, j'aimerais être sûr que tu n'arranges pas la réalité comme ça t'arrange toi. J'aimerais que quand tu me dises blanc ça veuille dire blanc et être sûr que quand tu me répondes non, ça n'est pas juste pour voir si j'insiste. Parce que je n'insisterai pas. Et pourtant j'ai parfois de bonnes intuitions ; mais à force de me faire balader je finis par ne plus y croire. Et c'est idiot parce que tout pourrait être beaucoup plus simple et ce que tu me reproches presque de n'avoir pas eu l'audace de faire, aurait été réglé depuis longtemps. À moins que tu aies des doutes, pas à mon sujet évidemment, il me semble que mes intentions sont assez claires ; mais moi je ne peux pas me permettre de décider pour deux.

lundi 28 novembre 2005

Mise au point

Je vais finir par croire que je n'ai décidément pas de veine. Émilie a un copain, Émilie a un cher et tendre. Elle me glisse l'information entre deux boutades, alors que j'en étais à l'inviter à dîner. Elle a pris ça sur le ton de la rigolade alors j'ai un peu forcé le trait, pour ne pas finir complètement ridicule, mais je vais aussi finir par croire que personne ne me prend jamais au sérieux. Elle n'en a quasiment rien dit à personne, parce qu'elle n'avait pas envie de se faire harceler de questions. En soi ça se comprend mais j'avoue pour ma part que, si elle avait été franche, ça aurait évité beaucoup de problèmes à beaucoup de monde – j'exagère un peu, mais je n'étais visiblement pas seul sur les rangs. J'évite donc soigneusement de creuser le sujet, également pour les raisons qu'on imagine. Me revoilà donc à la case départ, avec encore moins de certitudes qu'à la fin de l'épisode précédent, avec une incompréhension de plus en plus flagrante du comportement de la gente féminine, avec cette question qui revient aussi, celle à laquelle j'avais définitivement répondu non concernant cette chère Aude, est-ce que je continue néanmoins sur ma lancée, juste pour le plaisir de me faire une bonne copine ?

Perspectives

J'ai donné dans le personnel. On m'a conseillé de donner dans le personnel, alors j'ai donné dans le personnel. Dans le familial, plus exactement. On m'a conseillé de la faire parler d'elle aussi, alors je lui ai fait parler d'elle. La chose la plus étrange c'est que malgré tout ça m'a intéressé, ça pouvait sembler n'être que de la curiosité déplacée, mais malgré tout ça m'a intéressé. Rentrer dans l'intime, comme le disait Benoît Poolevorde, le personnel il n'y a que ça qui m'intéresse. Tout cela faisant que je pourrais presque qualifier cet après-midi avec elle d'assez agréable, mais le fait est que la messagerie instantanée vous construit artificiellement une confiance qui ne vous empêche pas de perdre à nouveau vos moyens quand vous vous retrouvez en face d'elle. Avant de partir en week-end, de la laisser retourner dans son choletais familial, je passe à son bureau pour lui abandonner quelques disques. Elle m'a demandé de les lui prêter pour ces deux jours. J'essaie tant que je peux de donner de la consistance à ce moment, mais les mots ne viennent plus. Par maladresse assez risible, vous savez comme dans les films de Chaplin, j'éteins par mégarde le néon au-dessus de son bureau, on se retrouve tous les deux dans la pénombre artificielle du hall d'accueil, loin des autres, loin de tout. Mais je sens mes jambes fondre sous moi au moins aussi vite que mon optimisme, c'est presque en courant que je m'éclipse.

mercredi 23 novembre 2005

Le point

Où ça en est ? J'en ai discuté un peu avec Kévin, que j'ai eu la chance de croiser sur MSN, qui essaie donc de me convaincre et de me sur-motiver pour que j'arrive enfin à faire le premier pas. Il me sort ses exemples de vadrouille en bar/discothèque et me donne quelques conseils un peu convenus qui ont cependant le mérite de me rassurer un peu. Par ailleurs, comme on continue de discuter gentiment via messenger, aujourd'hui c'était cédés et musique entre autres, je dois avouer que n'ai pas forcément le réflexe de fermer la fenêtre dès que des collègues un peu curieux aventurent leur regard sur mon écran. Évidemment une fois ou deux notre conversation tombe sous les yeux de Yoann, évidemment il me charrie, j'imagine que c'est de bonne guerre. Enfin sauf que ce soir, comme il organisait un pot pour ses un an de boîte, il ne s'est pas privé de faire la remarque devant tout le monde, quelque chose du genre toi et Émilie vous discutez souvent par messagerie, ça cache quelque chose ça... Et d'enchaîner plus ou moins au second degré, légèrement alcoolisé j'admets ne pas être complètement certain de la façon dont j'ai pu répondre, au moins ça a eu l'air de la faire rire. Mais il n'est pas impossible que j'utilise demain ce fond de déconne pour, comme le suggère mon cher maître, prendre les devants et faire preuve d'initiative.

Vous dites si ça vous emmerde ce que j'écris, hein.

samedi 19 novembre 2005

At the movies

À la base j'aurais voulu passer cette après-midi au ciné avec une certaine personne ; mais elle n'a pas daigné pointer le bout de son nez vendredi soir, je me suis retrouvé bien coi, mon messenger dans une main et mon semblant de détermination dans l'autre. Bien sûr, techniquement j'aurais pu me débrouiller pour demander son numéro de téléphone à Paco, mais il faut croire que je n'en soie pas encore rendu à ce stade. Après un réveil tardif et une course contre la montre pour arriver à l'heure à la première séance, j'ai donc laissé filer mon samedi devant Free Zone, le dernier film d'Amos Gitai, et The Corpse Bride de Tim Burton, que j'ai finalement réussi à voir.

Free Zone apporte donc un regard de plus sur la situation israélo-palestinienne, sans vraiment montrer les manifestations du conflit lui-même, attentats ou raids militaires, en évoquant plus comment les gens semblent le vivre au jour le jour : on y montre par exemple le zèle presque paranoïaque des douaniers israéliens ou encore la violence presque déraisonnée entre civils, nombre de difficultés supplémentaires pour tous ceux qui essaient de continuer à vivre malgré tout. Le scénario reste anecdotique, l'histoire parle plus de communication et de rencontres, malgré la barrière de la langue, malgré la soi-disant barrière de la religion. Une jeune américaine se retrouve, suite à une embrouille avec sa future belle-famille et à un concours de circonstances un peu mystérieux, embarquée avec la femme de leur chauffeur qui doit se rendre en Jordanie pour faire du business. Hélas rien ne semble vouloir arrêter le cycle de l'incompréhension et de l'affrontement, d'ailleurs ce road-movie semble légèrement se terminer en roue libre, sans apporter ni réponse ni conclusion, démontrant d'autant plus l'absurdité d'une situation qui n'a peut-être d'égale que son insolubilité. Ce film m'a parlé par ce qu'il raconte par l'exemple certains moments forts de l'histoire du proche orient, il m'a aussi donné envie de voyager, d'en apprendre plus sur le quotidien de tous ces gens, souvent confrontés aux pires horreurs mais qui tiennent quand même bon.

À part ça, je dois malheureusement avouer que, et à l'instar de Charlie et la Chocolaterie, Les noces funèbres m'ont un peu ennuyé. Même si les chansons sont marrantes, même si le côté morts-vivants donne lieu à des gags visuels assez bien ficelés. Ça manque cruellement d'originalité et de profondeur. Après, ce n'est peut-être pas la meilleure saison pour que je me montre capable d'émerveillement et animé de bons sentiments.

mercredi 16 novembre 2005

Boulet time

Je suis une merde. Parce que j'ai passé la soirée avec elle et quelques collègues et que j'ai dû lui adresser la parole en tout et pour tout environ trois fois. Le reste du temps se résumant au néant le plus intégral. Soirée d'impro au Live, seconde édition, cette fois Mathieu a joué ; les matchs étaient assez drôles et rythmés dans l'ensemble, de temps en temps à la limite du bon goût, mais on va éviter de relever. De toutes façons, je suis une merde. Avec cette incapacité à faire quoique ce soit d'autre que de lui sourire bêtement quand nos regards se croisent, des fois je me demande si j'ai vraiment les moyens de mes ambitions. Ce qui est marrant c'est qu'au moment où j'ai essayé de le convaincre de venir avec nous, Paco m'a prié au second degré d'arrêter d'en profiter pour la draguer. Sans commentaires. Quelques verres et quelques silences après la fin de la séance et devant l'aboulie généralisée, chacun finit par rentrer gentiment chez soi. Je lui dis au revoir, je la regarde repartir à pied, rien à rajouter. À part que je suis une merde. Sur le chemin du retour, passablement énervé par mon état, je conduis n'importe comment ; enfin comme d'habitude, sauf que je suis ailleurs, définitivement. À un point que je finis par rentrer dans un trottoir, tout seul comme un grand, à la sortie d'un rond-point. Je ruine complètement mon pneu avant gauche, qui commence au bout de quelques mètres par dégager une douce odeur de métal brûlé ; la direction, elle, tourne dans le vide et le moteur patine sans jamais accrocher. Je me gare, j'essaie en changeant la roue – dix minutes dans le cambouis sous un crachin insistant. Rien à faire, la direction est morte. J'arrive tout juste à me traîner jusqu'au garage le plus proche et je finis par appeler mon père. Je vous laisse imaginer la scène. Une belle soirée de n'importe quoi, ça fait bien plaisir.

vendredi 11 novembre 2005

Atermoiements

Il y a juste ces moments où je me rends compte du ridicule de ce que je peux bien lui dire, comme je continue par intermittence à discuter avec elle – Emilie – et à ces moments précisément je pourrais presque me convaincre d'avoir perdu le bénéfice de tous les efforts consentis pendant l'après-midi – efforts pour avoir l'air à ses yeux de quelqu'un qui vaille la peine qu'on s'y intéresse, histoire d'orienter sa soi-disant réflexion à ce sujet. C'est idiot parce que malgré tout j'aime bien lui parler, elle écoute, elle répond toujours, elle fait attention à ce que je dis, c'est assez rare et agréable pour être signalé. Mais de temps en temps ma concentration retombe et je repars dans mes vieux travers, blagues éculées et dérision trop corrosive, effets incompréhensibles et gêne difficilement contenue. J'aimerais que les choses soient plus simples, tout comme j'aimerais pouvoir adresser arbitrairement la parole à des inconnues, pourtant j'imagine à peu près comment engager la conversation, c'est juste que je ne franchis jamais le pas. J'aurais pu l'inviter au concert d'hier soir mais au dernier moment j'ai laissé filer l'occasion. J'aimerais ne serait-ce que lui emboîter le pas quand je la vois aller prendre son café le matin. Et là je me dis que je suis vraiment stupide, parce que dans ma tête j'ai peur qu'elle croie que j'ai des attentions à son égard et pourtant c'est exactement le cas, pire c'est le cas et j'ai envie qu'elle le sache. N'importe quoi. Même si au bout du compte c'est toujours la même chose qui me retient, cette crainte maladive de ne plus arriver à lui faire la causette une fois entre quatre yeux. Il faut vraiment que je trouve une solution. Il s'agit peut-être juste d'éviter de perdre mes moyens aussi facilement.

A titre informatif et puisqu'on me le demande, Émilie, cheveux teints, yeux noisette bleus, est assistante de direction commerciale dans la boîte où je travaille. Elle m'a expliqué en quoi ça consistait exactement mais je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Elle fait attention à ce qu'elle porte, c'est souvent sobre et légèrement chic. Aux dires de la fille dont elle est assez proche (tout comme Aude) c'est une fille bien, un peu effacée, consciencieuse.

mardi 08 novembre 2005

Perspectives

Alors que le pays brûle, comme le raconte Fox News avec poésie, je ne peux m'empêcher de penser que des français qui en arrivent à calciner des bus, à vandaliser des locaux associatifs, à saccager des écoles, bref à réduire en cendres les dernières marches de l'escalier social que notre chère République leur a laissé à portée de chaussure (l'ascenseur étant, selon la formule consacrée, en panne) que ces gens donc sont soit complètement idiots soit complètement désespérés. Évidemment j'ai le réflexe de prier pour que ce soit la seconde solution, ce qui en même temps me laisse un goût amer au fond de la gorge. Hélas comme beaucoup de blogueurs je me contenterai d'éluder sur ces quelques mots d'esprit, moi et mes non-solutions, moi et ma nostalgie nonchalante des années Jospin, les trente-cinq heures et les emplois jeunes, ça c'était un vrai projet de société. Même avec le fallacieux prétexte que mes parents, eux, se sont sortis de ces banlieues, que moi je suis noir, intégré et que je me permets même de faire la fine bouche. Et après ? Quelle sorte de légitimité est-ce que ça me donne ? Je ne ferai pas de leçons de morale, pour changer. Je suis juste inquiet et triste.

Sans rapport aucun, ma frangine a eu la désagréable surprise, en rentrant déjeuner ce midi, de découvrir que sa porte avait été forcée et qu'on avait cambriolé son appartement – malgré la serrure trois points et le digicode à l'entrée. Un ordinateur, un téléphone portable, de l'argent en liquide, maigre butin. Elle a l'air de prendre ça assez bien, enfin façon de dire ; avec un fatalisme et une abnégation que je trouve presque étonnants de sa part, surtout en ce moment. Mon père est quand même monté en catastrophe à Paris, histoire de recadrer les choses, avant qu'elle n'aille porter plainte demain. Je suis inquiet, un peu, mais je pense que ça va aller.

Toujours sans transition. J'ai réfléchi environ toute la nuit et une partie de la matinée pour essayer de trouver les mots qui accrocheraient son attention. Mais aucune inspiration et surtout une trouille bleue des éventuelles conséquences, ça a été page blanche – ou plutôt fenêtre MSN blanche, mais passons. Je la croise à la pause café à midi, elle est assise pas très loin, en face de Paco qui fait les mots croisés. Moi je fais plutôt les quatre cents pas autour de la machine à café, je fais semblant de m'intéresser, j'hésite mais finis par me poser sur un tabouret. À côté d'elle. Je me rapproche discrètement sans dire un mot, elle m'adresse quelques sourires mais s'éclipse plus tôt que prévu. Je désespère légèrement, me convaincs que ça va être une journée sans intérêt de plus, comme tant d'autres journées où j'ai attendu quelque chose qui n'est jamais arrivé. Sauf qu'en fin d'après midi c'est elle qui ouvre une discussion, sur un sujet quelconque. Presque soulagé, j'enchaîne, je blablate, je divague, elle relance, de temps en temps. L'heure tourne, j'ai les neurones qui se touchent, je décide de rentrer. Avant de partir je conclus quand même, un peu comme Ross à la fin du premier épisode de Friends. – Juste un truc. Si un jour je t'invite à aller prendre un verre, tu crois qu'il y a des chances pour que tu acceptes ? (silence) – Je vais y réfléchir... J'ai envie d'être vaguement optimiste.

dimanche 06 novembre 2005

The song remains the same

Hier soir j'étais invité à la pendaison de crémaillère de la fille, qui par ailleurs a donc accouché fin août et profitait ainsi de l'occasion pour nous présenter sa petite. La scène se passe quelque part au milieu d'une zone pavillonnaire immense, banlieusarde et assez quelconque, les linéaires de maisons uniformément grisâtres commencent à sérieusement accuser leur âge. Mais ils ont l'air bien installés, c'est grand, ils ont un jardin. Je n'habite pas très loin et je connais assez bien le quartier (Romain habite à côté) donc je suis le premier à arriver, une bouteille de blanc et des Ferrero Rocher à la main. En entrant je croise le couple de retraités qui leur sert de voisins immédiats, chocs des générations un peu, choc des mondes surtout. Du reste ça pourrait grosso modo résumer la soirée, même si ça fait un peu caricatural, même si ça fait un peu convenu : les étudiants sur le tard et les adultes bien installés. Je vois ainsi les uns et les autres arriver petit à petit, je n'en connais pas les trois quarts et, si paradoxalement j'arrive à peu près à engager la conversation avec certain(e)s plus avenant(e)s que d'autres, c'est avec soulagement que je vois arriver Jésus-Christ, Aude avec son H, Emilie et Mathieu (sa copine nous rejoindra plus tard)

Choc des mondes donc, ça parle accouchements, haptonomie, couches culottes biologiques, lait maternisé lyophilisé, de vache ou de chèvre ; murs porteurs, isolation, déménagement, aménagement intérieur, extérieur. Cuisine américaine. L'ultime grand écart de la soirée consistant quand même en la présence dans ce même salon, des collègues professeurs du mari de la fille (d'age assez avancé pour certains) et d'élèves du lycée professionnel où il enseigne. Au second degré ça négociait sur le contenu des contrôles à venir et sur les notes des trimestres précédents. Original. Malgré tout l'ambiance prend bien, c'est une sorte de joyeux mélange des genres, je ne sais pas si ça a plu à tout le monde, moi-même ça m'étonne que ça se soit passé aussi bien. Et puis quelqu'un a la bonne idée de mettre en fond sonore l'intégrale des albums studio de Led Zeppelin, et puis des gens ont eu la bonne idée d'arriver les bras chargés de tartes et autres crumbles, fatalement ça aide, c'est bon à savoir.

Même si au fil du temps les groupes se reforment et je me retrouve rapidement entouré des personnes sus-nommées, à scotcher sur un canapé déserté par les autres convives qui lui préféraient la cuisine, à essayer de reconnaître les génériques du hit des séries télé. Aude finit par tiquer sur le et toi quand est-ce que tu t'y mets [à faire des enfants] qu'on n'arrête pas de lui rabâcher, parce que c'est la plus vieille d'entre nous, parce qu'elle réclamera le bébé de la fille toute la soirée, parce que c'était drôle – mais pas parce qu'on se voulait vexants. Je découvre qu'elle a des plans assez arrêtés sur le sujet. D'abord le mariage, ensuite les enfants, et puis il lui reste encore du temps. Je comprends la tonalité jaunâtre de son rire, elle a dû y réfléchir probablement plus d'une fois. J'apprends aussi (officiellement) qu'Emilie est célibataire, l'horoscope dit que les Gémeaux aiment qu'on leur courre après et c'est un peu ça. J'essaie de la suivre quand elle se lève, tout en évitant de passer pour un gros pervers, c'est assez compliqué, je me rapproche quand on laisse une place vacante entre nous ; j'ai la vague impression qu'elle aussi multiplie les signes de normalisation des relations diplomatiques, mais je pourrais tout aussi bien me tromper, ça ne serait pas une première, je lui parle peu directement, je n'attrape que rarement son regard.

Reste ce quart d'heure où elle jouera avec la petite Yoana que je tenais amoureusement dans mes bras, mais j'avais l'attention bien trop accaparée par la gamine pour m'amuser de la situation avec elle. Et puis ce trait cinglant de cette chère Aude, et vous deux vous êtes célibataires, quand est-ce que vous vous y mettez, que j'aurai le réflexe de prendre suffisamment à la rigolade pour que ça ne me déstabilise pas trop. Surtout quand on se met à ironiser de concert sur une éventuelle demande en mariage. Charmant. Même si je me dis que ça me donne sûrement de quoi orienter la tournure des évènements si je la revois demain. Soyons fous.

lundi 19 septembre 2005

Bien fait

Donc voilà, je me suis pris un gentil râteau de la part de Aude avec un H, c'était ce matin vers onze heures, les modalités précises de l'évènement ne relevant probablement pas d'un grand intérêt. Et à vrai dire je n'y comprends strictement plus rien. Sinon le fait que tous les plans sur la comète que je tire depuis à peu près dix ans ont probablement dû être tous non fondés. Evidemment je pourrais me dire que c'est mieux d'être fixé, que l'un dans l'autre je n'y perds pas grand chose. Et quelque part c'est sans doute bien fait pour moi, ça m'apprendra à être aussi attentiste, ça m'apprendra à laisser filer les choses aussi longtemps avant de me décider. Au début j'ai pris ça plutôt bien, la bonne nouvelle c'est qu'elle n'a dû en parler à personne puisque tout le monde fait comme si de rien n'était. Là je dois avouer que ça me fait plus chier qu'autre chose. Bien que je ne puisse pas conclure dès à présent si cela va définitivement me vacciner contre toute autre tentative future ou si au contraire ça va m'inciter à aller de l'avant car après tout ça ne fait pas si mal que ça. Et puis quoi encore ? Continuer comme de rien, à lui faire la bise tous les matins, continuer à jouer au pitre pour qui tout va bien, se bercer d'illusions et croire que ce n'était qu'une dernière chance de plus ? Hum, légèrement optimiste comme hypothèse.

samedi 17 septembre 2005

Où le ton vire radicalement à la sitcom

Au prix d'un effort intellectuel incommensurable, j'ai commencé par lui demander en ces termes mûrement réfléchis (voire carrément ruminés depuis une semaine) :

— Question innocente et totalement désintéressée, vous vous voyez souvent avec Émilie, Stéphane et les autres ?
— Euh... oui...
— Et c'est juste de la bonne camaraderie ou il y a autre chose ?
— ???
— ...
— ...
— Rien, laisse...
— Qu'est-ce que tu veux savoir exactement ?
— Si vous sortez les uns avec les autres.
— ...
— ...
— Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
— Bah j'en sais rien, c'est pour ça que je demande. Elle en a de bonnes, elle :)
— ...
— Mais tu n'es pas obligée de me répondre, après tout ça ne me regarde pas.
— ...
— ...
— Non mais je vais te répondre, mais ce que je vais te dire ne va pas de changer la vie :D... La réponse est oui.
— ...
— ...
— En fait je voulais sortir avec Laurent, c'était pour savoir s'il était pris :)
— Héhé, oui mais Laurent c'est compliqué...
— ...
— ...
— Bon je vais faire des suppositions et tu vas me dire si j'ai bon ou faux, d'accord ?
— Arf, je pars en week-end là [...]

Donc me voilà bien avancé, surtout qu'il y a de grandes chances qu'elle en parle autour d'elle. En tout cas une chose est sûre, la psychologie inversée c'est relativement efficace. More as it develops.

mercredi 14 septembre 2005

Si près du but...

J'oscille toujours entre les nuits entières à retourner le problème dans tous les sens pour en arriver finalement à me persuader de lui proposer innocemment d'aller se boire un verre et les interminables matinées cloîtrées dans un mutisme gêné ; entre les regards hésitants que je lui adresse quand elle file profil-bas entre les bureaux et les quelques moments que la sociologie d'entreprise me permet de passer dans son environnement immédiat. Il était par exemple une heure et demie, je sortais d'un déjeuner mortellement ennuyant avec quelques collègues parmi les moins bavards – précision qui, venant de ma part, doit suffire à recadrer le tableau. En repassant par la salle de pause, je les retrouve tous les trois, Aude avec un H, Émilie et Stéphane n°2, devant les mots croisés de vingt minutes. Plus je regarde Aude plus je me dis qu'Émilie est vraiment jolie. Stéphane feint une ignorance grossière pour ne pas arriver à remplir une grille vraiment pas difficile, une façon comme une autre de concentrer l'attention. Aude m'interpelle et c'est sans opposer beaucoup de résistance que je les rejoins. Entre deux définitions tournées en ridicule et trois propositions plus ou moins farfelues, c'est rapidement l'hilarité générale. Je n'hésite pas à la taquiner, elle sourit, elle se marre, elle me tapote avec sa bouteille d'eau. Je pense sincèrement qu'à ce moment là elle m'aurait mangé dans la main. Ce que me retient c'est d'être persuadé qu'à d'autres moments ressurgira le traumatisme implacable du vide. Je m'imagine concrètement avec elle à la terrasse d'un café, j'entends déjà les cinq premières minutes de conversation à parler du bébé de la fille, de leur petit groupe plus en plus soudé... Et après ? Parler de cinéma, lui proposer d'aller voir Broken Flowers ou H2G2 ? Parler de bouquins ? Je n'ai pas beaucoup de références en la matière, je ne suis pas quelqu'un de fondamentalement intéressant, on risque de s'emmerder rapidement. Et à vrai dire la crainte de ne pas y arriver avec elle, alors que tous les signaux semblent outrageusement au vert, me refroidit encore plus car là, je ne pourrai vraiment plus me trouver d'excuses.

mardi 06 septembre 2005

Status quo

Voilà. Ça aurait été n'importe qui d'autre ça aurait été réglé depuis longtemps. Même si j'ai beau jeu de dire ça, même si c'est toujours le Yvan timide et pas sûr de lui qui est aux manettes. Ca aurait été n'importe qui d'autre j'aurais eu le brin d'audace nécessaire pour lui proposer un restau, histoire de me faire pardonner mes indélicatesses – bon, je lui aurai demandé par MSN, faut pas déconner non plus. Et bien non, je bloque toujours. Je suis le petit gamin au bord de la piscine accroché à ses bouées-brassard qui regarde le fond de l'eau. Et pourtant l'eau a l'air chaude. Grande comme elle est, elle pourrait m'entourer tout entier de ses deux bras, je pourrai me lover dans son giron la tête gentiment posée sur ses seins lourds. Le problème c'est que je ne sors même pas avec elle que je réfléchis déjà au moyen de la plaquer. Je pense que c'est assez mauvais signe. Le deuxième problème, c'est idiot, mais tant qu'à faire j'aimerais que la prochaine soit la bonne. C'est pas exactement ce que je veux dire, mais l'idée y est. J'ai envie de tomber amoureux, ça fait (trop) longtemps que ça n'est pas arrivé.

vendredi 02 septembre 2005

Travail social

C'est naze. De quoi ? D'être aussi méchant. Aude doit tester l'application sur laquelle je travaille, ce qui par un concours de circonstances plus ou moins prévisible l'a conduit à venir me consulter pour des bugs divers et variés. Ainsi qu'à me poser des questions par messagerie instantanée accessoirement. Allant même jusqu'à me faire déplacer pour lui expliquer sur son ordinateur comment fonctionne tel ou tel formulaire. Evidemment moi je dévie du sujet, je fais mon petit numéro à grands renforts de digressions et vannes à deux balles. Et puis voilà qu'elle me sort ça, sur la fin, juste avant de partir en week-end, alors que j'avais plutôt l'impression que ça se passait bien. Visiblement le sarcasme de trop. C'est naze d'être aussi méchant. Je ne sais pas si elle était sérieuse, mais si ça se trouve c'est effectivement le cas. Je ne me rends pas bien compte, je force souvent ce côté acide voire aigre voire aigri, mais c'est très second degré ; alors si ça peut être aussi mal perçu... Ça n'est probablement pas grand chose, un léger malentendu, mais ça me turlupine.

jeudi 01 septembre 2005

En passant

Oui c'est bien du silence que vous entendez depuis quelques jours. Techniquement c'est plus du vide que vous lisez, mais bon. Horaires de sortie de ces derniers jours : lundi soir, 3 heures du matin, mardi soir mercredi matin 9 heures et demie, jeudi soir 22 heures trente, demain soir je ne sais pas, et je travaille samedi matin. Alors du coup, même pas le temps de glisser un mot sur la playstation 2 que je me suis offerte ; même pas le temps de vous parler de la rentrée littéraire, du Houellebecq un peu décevant, du Nothomb que j'ai envie de le lire, du Nina Bouraoui qui m'a bien surpris ; pas le temps de vous parler de Camille, de Benny Sings. Même pas le temps de vous parler de Sophie qui repassait ce matin pour boucler son stage, elle était avec son gamin à imprimer son rapport et à signer des papiers, de la fille qui vient d'accoucher d'une petite Johanna (je suis loin d'être certain de l'orthographe), de Kévin bientôt papa et de cette impression, alors que je déjeunais en ermite au bord de l'Erdre le regard planté dans le vide, cette impression d'atteindre le moment où l'on change de génération.

mercredi 24 août 2005

Circonvolutions

Je sais par habitude que le jour viendra probablement où je le regretterai ; et pourtant malgré l'envie conséquente de me faire violence, jusqu'aux limites de la bêtise je continue d'échafauder les pires scénarios pour éviter d'agir, entre les ça ne marchera jamais... et les et si ça rate... Mêmes si les choses semblent on ne peut plus claires. Ce midi encore j'ai bien vu qu'elle me faisait du pied, j'ai bien vu que ces contacts répétés du coude n'étaient pas inopinés. Mais après tout si je me trompais ? La prise de risque, toujours. J'étais à deux doigts d'essayer la tactique de la boule de billard, d'en parler à quelqu'un qui par ricochet finirait par lui dire ; j'étais à deux doigts d'utiliser un moyen détourné pour lui adresser la parole. Et puis rien. La prise de risque qui tétanise. Espérons que demain sera un autre jour.

mardi 12 juillet 2005

Petits tracas et conséquences

Demain matin, neuf heures, réunion entre six yeux, moi et mes deux chefs de projet, Guillaume et Seb. Le libellé dans Outlook : salaires. Sachant que ça peut vouloir dire tout et n'importe quoi ou disons plutôt, que ça recouvre un tellement grand nombre de scénarios... De la négociation ouverte à la simple notification de l'augmentation annuelle indexée sur la grille de la convention collective. Sachant que les collègues de l'autre département ont déjà eu ce même entretien et que, même si leur manager est beaucoup plus (con et) expéditif, ça s'est vite transformé en d'accord tu peux toujours dire ce que tu veux de toutes façons on ne te donnera que ça. En me rappelant également la façon dont le sujet avait été abordé à la fin de mon entretien d'embauche : de toutes façons, nous, on suit la grille. J'ai quand même préparé une réponse au cas où on me demanderait, même si j'ai un peu moins confiance dans mon argumentaire depuis que je me suis mis à ne plus rien foutre. Enfin, c'est pas totalement vrai et puis j'ai un passif qui joue en ma faveur ; en plus je passe une partie de mon temps à aider ou à donner des directions ; je sais que je ne suis pas indispensable, encore moins maintenant, mais je pense avoir une carte à jouer.

Mais bref, cessons donc de vous rabattre les oreilles avec ce genre de considérations bassement carriéristes. Ce midi la fille passait faire ses adieux avant son congé maternité, qui commençait officiellement en fin de semaine dernière et qui doit se finir au début de l'année prochaine. Occasion d'échanger avec elle quelques mots sur son marathon de ces deux dernières années. En vingt-quatre mois elle a rencontré son futur, ils se sont mariés, elle est tombée enceinte et là ils sont sur le point de signer pour une maison. Le divorce c'est pour la semaine prochaine ? ironise-t-elle. Moi ça me fait penser à une sorte de marche forcée vers un destin que tout le monde leur a écrit par avance. La liste convenue des choses à faire avant trente ans. Je ne sais pas si j'avais déjà décrit ce sentiment étrange mêlé de pitié, même si je les crois les plus sincères du monde, même si rien de tout cela n'a l'air ni prémédité ni relevant d'une quelconque névrose de la banalité ; mêlé de pitié donc et évidemment d'envie. Parce que cette névrose je la développe aussi et je ne sais pas si je dois me réjouir ou m'inquiéter d'en être à des années lumières de sa réalisation.

Dix-sept heures, je sirote assez idiotement mon troisième café de la journée alors que le thermomètre affiche largement trente degrés. Émilie passe, son sac sous le bras, comme si elle allait partir. Mais elle me voit, elle me sourit et étrangement vient me (nous en fait, mais l'autre c'est Stéphane) rejoindre au bar de la cafétéria. Je ne sais pas comment réagir, je ne sais pas s'il faut comprendre quelque chose, elle partait visiblement pour chez elle, elle n'a aucune raison de s'arrêter en salle de pause, et pourtant elle est assise là. Un peu en face, mais pas trop. Je cogite, je me répète exactement cet argumentaire. Un peu désarçonné, je ne trouve rien de plus original à lui demander que si elle fait le pont vendredi. Non, il faut bien que quelqu'un réponde au téléphone. Ricanements, silence. Silence. Le plafond est très bas, Igmar. Silence. Assez vite quand même j'abdique, prétextant que j'étais là depuis déjà une demi-heure je fuis la confrontation au pas de course.

Des années-lumière, je vous dis.

dimanche 10 juillet 2005

Retour à la simple réalité

Mais c'est avec une certaine déception que je dois me rendre à l'évidence : Sophie ne se contente juste que d'être agréable avec tout le monde. Et dans ces attitudes que j'avais cru mal interpréter il ne fallait en fait lire que les marques de gentillesse de celui qui cherche à s'intégrer dans un groupe. Ce que je fais aussi à ma manière, sauf qu'au lieu d'être systématiquement aimable je cherche à être systématiquement drôle, ce qui mène au mieux à une absence criante de crédibilité, au pire à une mauvaise compréhension de mes intentions. À tous les égards. Même si de toutes façons j'en étais pour ma part resté au stade habituel du malaise expectatif, celui qui précède une prétendue rencontre qui n'aura de fait jamais lieu, celui où l'on se demande avec l'inquiétude de l'inconnu comment briser la glace, comment créer le lien. Ou la énième redite de mon inadaptation sociale, moins marquée que chez certains de mes congénères informaticiens, mais définitivement présente quand même. Lundi soir, c'était chez Bruno, un simple barbecue entre collègues je l'espère sans mauvaises arrières pensées, où je me suis plus ou moins fait remarquer et plus ou moins rapproché de certaines personnes – à titre amical cette fois. Moins marquée, ça il n'y a pas de toute, même si les preuves que j'en apporte ne sont que bien ridicules et même si la fierté que je semble en retirer est totalement déplacée. Reste que, si j'arrive désormais à me faire des potes, toute autre tentative semble vouée à une risible débandade.

mercredi 06 juillet 2005

Retour au bercail

Kévin est revenu de ma mission vendredi dernier. Pour le moment il est dans une situation relativement incertaine : ceux qui décident ne savent pas encore ce qu'ils vont faire de lui, soit l'envoyer à nouveau en prestation à l'extérieur soit le réintégrer, par je ne sais quel tour de passe-passe. Quand il a réapparu dans l'open-space, ça a été assez particulier. Un regard et un rire étouffé vers moi et Stéphane, puis tour habituel des bureaux pour dire bonjour, pas si habituel que ça vu que peu de gens savaient où il était depuis deux mois ; enfin retour en arrière pour nous dire bonjour – retour suivi d'une amorce de conversation assez convenue mais un peu gênée donc rapidement écourtée. La vérité c'est que j'étais content qu'il revienne (doux euphémisme) mais pour je ne sais pas quelle raison j'essayais de contenir ma joie ; peut-être pour ne pas donner dans le débordement trop démonstratif. Au contraire de Jésus-Christ, dont les accents de surprise suraigus ont fini de me convaincre de rester discret.

Puisque donc il est dans l'expectative, pour ne pas dire qu'il n'a rien à faire, sauf à se tourner les pouces et attendre qu'on décide de son sort, évidemment on a relancé MSN, évidemment j'en fous à nouveau plus une. Et ce malgré le petit speech de remotivation des troupes entonné par Bruno ce matin, qu'on pourrait résumer en les choses vont bien, la vie est belle, continuez de cravacher comme des brutes, le bout du tunnel n'est pas si loin. Il a aussi confirmé d'éventuelles opportunités d'évolution pour ceux qui sauront les saisir. Dont acte.

Et puis qu'on parle d'opportunités et pour en finir avec cette petite newsletter sur les joies incommensurables de la vie d'entreprise, je me dois de noter même si ça n'est pas forcément avec les termes les plus appropriés : la réapparition de Aude, qui revient aussi de prestation et de vacances ; le passage en coup de vent de Caroline, la stagiaire graphiste qui ressemblait à un ange ; et l'arrivée de Sophie, stagiaire service client, qui elle aussi s'est mise dans la tête de tourner en dérision ma tournée de bises du matin , qui me rend des demi-sourires à chaque fois que je la regarde et aux taquineries de qui je n'arrive vraiment pas à répondre. Et pourtant c'était devenu ma marque de fabrique.

samedi 11 juin 2005

Quitte à donner dans le fétichisme

Quitte à donner dans le fétichisme

Quitte à donner dans le fétichisme

lundi 06 juin 2005

Fins de semaine

Ce week-end, ma soeurette avait invité quelques copines dont Élodie à la maison, ainsi que son chéri – qui se trouve par le plus grand des hasards être le frère de cette dernière. Je ne sais pas si je suis clair, peu importe. Autre coïncidence quasi miraculeuse, votre serviteur avait également accepté de participer à cette virée entre jeunes, presque naturellement et passé l'angoisse du premier contact. Je devais les retrouver au Lieu-Unique samedi en fin d'après midi. Comme ils sont arrivés un peu en retard, j'en ai profité pour faire un petit tour dans la librairie. La plupart des bouquins qui y sont vendus collent avec l'esprit assez décalé de l'endroit, ce qui ne les rendent pas moins intéressants. Il faut cependant avouer qu'entre les bouquins d'architecture très sérieux (et très jolis), les essais plus ou moins glauques et des bandes dessinées franchement à l'ouest, il y a de quoi surprendre – agréablement.

Ils avaient passé toute la journée à trottiner dans Nantes, au rythme effréné de l'habituel tour de présentation dont ma soeur gratifie tous ses hôtes. Alors c'est à la terrasse devant un café bien mérité et malgré les ires d'un serveur d'une amabilité euphémiquement peu avenante, que se sont faites les présentations. Nicolas, le chéri en question, que j'avais déjà entr'aperçu sur des photos, très grand, convenuement sympathique, picard. Christine et Céline, anciennes co-stagiaires à Blois, la première assez quelconque, l'air fatigué et légèrement absent, elle venait de se faire larguer – la seconde assez mignonne, je dirais même assez jolie, fraîche, drôle, assumée. C'est en ordre assez dispersé qu'on a parcouru l'exposition, qui comme par hasard traitait des livres et de l'art, du coup l'ensemble du hall avait été transformé en une librairie géante. Je me suis bien marré tout seul en parcourant quelques ouvrages, j'ai même acheté un exemplaire de BILD, et donc je les ai assez souvent perdus de vue – d'autant plus qu'eux n'ont pas vraiment eu l'air d'apprécier la visite.

Une petite heure plus tard on a repris les flâneries dans la ville, en passant par quelques coins assez sympas dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence. Vers les huit heures on a fini par s'organiser un pique-nique sur les bords de l'Erdre, devant la préfecture, le soleil couchant dans les yeux pour réchauffer ce début de soirée printanière, et cette rivière qu'on dit la plus belle de France ; qu'un inconscient n'a pas hésité à traverser à la nage devant nos yeux ébahis, visiblement un pari perdu, aux vues des moqueries dont ses camarades le gratinaient tout au long de son pitoyable exploit. En repartant on a croisé un autre groupe de jeunes qui nous ont demandé le chemin, occasion de constater avec une certaine inquiétude la conséquente différence d'âge et d'attitude alors qu'on fait pourtant partie de la même génération.

On devait remonter chez Élodie pour de réfléchir à ce qu'on pouvait faire pour la soirée qui s'annonçait. Elle habite une chambre de bonne ridiculement exiguë sous les toits d'un immeuble près de la place Bretagne, mais en contrepartie elle a une vue incroyable sur la ville. Trois églises s'enflammaient dans l'air du crépuscule. On s'est assis avec elle et Céline autour du petit futé et d'une carte du centre, histoire soi-disant de mettre sur pied un plan d'attaque des bars du coin. En fait ça s'est vite transformé en grand fou-rire organisé, la fatigue aidant. Je voyais Céline rire, je la regardais rire et je me disais qu'elle était même assez belle quand elle souriait comme ça ; alors j'ai fait ce que j'ai pu pour entretenir l'hilarité générale, pas ce qu'il faut pour qu'elle comprenne qu'elle me plaisait.

Finalement on est allé au Havana Café, une sorte de bar d'ambiance latino-je-ne-sais-quoi, dont j'ai apprécié au moins autant le concept que la musique. Vers onze heures c'était juste un bar sombre avec de la mauvaise bouillie assourdissante, presque caricaturale, vers une heure et demie c'était une discothèque claustrogène façon boite à sardines. Juste le temps d'étudier avec amusement le profil sociologique de l'endroit et de constater avec dépit que ces conneries ce n'est définitivement plus de mon âge – si tant est que ça l'eût été un jour, ça j'en doute. Sans mentionner le fait que Christine continue de tirer la gueule dans un coin, obligeant les gens à jouer de temps en temps solidairement les piliers de bars. On est sortis vers deux heures, j'étais personnellement crevé, mais exemplairement sobre parce qu'il fallait que je ramène une partie de ce beau monde jusqu'à la maison.

Dimanche a été beaucoup plus calme, on s'est juste contenté de s'empiffrer comme des morfales, mon père ayant une fois de plus décidé de sortir la grosse artillerie pour épater ses convives. Quelques remarques sur la maison, quelques remarques sur la chambre d'amis où je stocke tout bon bazar ; j'espère secrètement qu'un jour une fille prendra le soin de fouiner dans ces petites affaires, juste assez pour se demander si je n’étais pas par hasard digne d'un peu plus d'intérêt. Petite promenade digestive, petit cappuccino à la gare avant leur départ. Là je n'ai plus rien dans les pattes et une légère mélancolie dans la tête. Rien de grave, ça passera à la prochaine mini-jupe que je croiserai.

vendredi 15 avril 2005

Coup de vent

Solenne repassait en fin d'après-midi pour récupérer quelques affaires – elle a enfin réussi à se dépêtrer de ses embrouilles avec la direction et donc, cette fois elle part pour de bon. Elle en profite pour nous faire un coucou rapide à moi et à Kévin, trois mots échangés en quatrième vitesse. Sauf que je ne sais pas ce qui s'est passé quand elle est venue me faire la bise, mais après coup je me prends une remarque de la fille, qui me dit en rigolant de faire attention quand je fais mon regard de séducteur. J'hésite entre pouffer de rire et me planquer sous mon bureau. Kévin me confirme avoir également remarqué l'insistance dont j'avais fait preuve à son égard. Tout ça c'est bien possible, vu qu'en ce moment je ferais même du gringue à un cocker paraplégique si le peu d'amour propre qu'il me reste voulait bien la mettre en veilleuse – ce qui m'inquiète légèrement c'est le fait que je ne m'en rende pas compte. C'est à dire que je suis incapable de contrôler mes réactions et que donc a fortiori je suis incapable d'arriver à ne montrer aux gens que la partie de moi susceptible de leur plaire. Kévin me fait même remarquer que faire systématiquement le clown comme j'ai inconsciemment tendance à faire n'est pas forcément la meilleure solution pour qu'on me prenne au sérieux. Parce que c'est pas tout d'arriver à faire rire les gens, même si c'est la seule chose qui me vienne à peu près naturellement. Certes. Il y a encore du travail.

vendredi 01 avril 2005

Tisser des liens ?

Mercredi c'était le délire je retourne au magasin de fringues pour revoir la vendeuse de l'autre jour, le truc qui m'a demandé un effort incroyable et m'a filé une angoisse pas possible, tout ça sous fallacieux prétexte que je devais m'acheter de nouveaux tee-shirts. En fait c'était surtout pour vérifier mes précédentes impressions sur elle, sur son sourire. J'avais aussi le secret espoir de pouvoir m'accrocher, un peu, mais bon. Alors le point positif c'est qu'effectivement elle se souvenait de moi, mais oui c'est à vous que j'ai vendu des Converse !, je les avais au pied, on a échangé deux trois mots, deux trois regards – le mauvais point c'est qu'à part ça elle avait un peu l'air de s'en foutre royalement, de toutes façons elle allait prendre sa pause déjeuner incessamment sous peu. Donc rien. En même temps je ne sais pas trop quelle chute vous trouver à mon histoire qui en fait, et ce complètement à mon image, se termine un peu la queue entre les deux jambes.

Aujourd'hui, j'ai appris que Kévin allait être viré. Ça m'a fait un choc. C'est profondément injuste pour au moins une bonne centaine de raisons, les deux que je vous citerai sont qu'il y a au moins quatre ou cinq personnes qui méritent cent fois plus que lui d'être remerciées, mais elles occupent des postes soi-disant plus stratégiques. La vraie cause c'est probablement parce que sa période d'essai se termine sous peu et que le licenciement va mieux passer. Le truc c'est que, suite à une grosse d'entrée d'argent, la boîte a un peu recruté à tout va, sans réfléchir, au petit bonheur la chance, et qu'aujourd'hui ils se font rappeler à l'ordre. C'est stupide, si les embauches avaient été un peu plus raisonnables et intelligentes, de une on aurait des gens un peu plus compétents en poste, de deux on n'en serait pas dans cette situation aujourd'hui. Ca me chagrine d'autant plus que, et c'est là la seconde raison, pour une fois que j'avais trouvé quelqu'un avec qui je m'entendais vraiment, et pas juste l'entente polie et cordiale, ni juste l'entente rigolote et superficielle, pour une fois, et bien cette personne doit partir.

Je me sens triste et j'en veux à la terre entière. Enfin, surtout à mes patrons, ces connards hypocrites qui sont tout sucre en façade mais qui se livrent aux pires crasses par derrière. Bon cette dernière remarque est peut-être un brin injuste. En fait c'est juste un problème de RH géré n'importe comment. Et puis c'est pas comme s'il allait mourir ou partir faire ermite au pôle sud. J'ai son mail, j'ai son téléphone, on peut rester en contact. Mais je ne sais pas si je pourrai me contenter d'une vague correspondance maintenant que je me suis habitué à sa présence. Comment lui dire la place relativement importante qu'il tient désormais dans le cercle très restreint des gens à qui je parle et me confie librement ? Je ne sais pas si l'intérêt que je lui porte, comme ami, est réciproque – je ne reste peut-être qu'un simple collègue. J'ai peur d'être ridicule, en insistant. En fait, c'est ma phobie du rejet qui resurgit, la même phobie qui m'empêche d'aborder sérieusement une fille qui me plaît, de faire le deuxième pas après être retourné exprès au magasin, celle qui m'empêche de tout faire pour que son départ ne me l'éloigne pas définitivement. Je ne m'imaginais pas que c'était quelque chose d'aussi généralisé.

Je peux peut-être juste lui dire que s'il a besoin d'aide... Je repense à sa promise, à leur enfant à venir ; quelque chose de sobre, une suggestion appuyée. Ouais, je vais faire ça je crois.

dimanche 20 mars 2005

Episode2

Le premier jour j'ai eu droit à une bonne petite heure de premiers gadins sur la piste, enfin plutôt sur le bout de pente réservé aux débutants, les autres se relayant dans une série de conseils pas forcément très clairs mais efficaces. Suivie d'une heure et demie de cours avec un moniteur complètement allumé, insupportablement paternaliste et doué de cet incontrôlable entrain caractéristique du litron de rouge au petit déjeuner. Dans l'ensemble, le ski c'est pas forcément difficile, il suffit de faire sauter le verrou psychologique lié à la vitesse et à la peur de la chute qui refroidit toute personne normalement constituée. Quand on tombe ça ne fait pas vraiment mal alors petit à petit on prend de l'assurance. Mais si au bout du compte c'est quand même crevant. Les premiers jours j'étais souvent tout seul, ce qui m'a permis de me faire tranquillement les genoux, après j'ai pu/dû m'amuser à suivre les autres dans leurs plans plus ou moins inspirés, me taper des dévers quasiment verticaux en freinant à fond et en avançant à la vitesse d'un escargot bulgare, sauf évidemment quand je me laissais plus ou moins partir de dépit, en général ça finissait le nez dans la poudreuse. Mais je suis revenu avec rien de cassé, c'est déjà pas si mal.

J'ai aussi profité de la bonne ambiance générale, les gens en vacances sont toujours plus aimables, pour me laisser aller à quelques velléités envers la gent féminine. Rien de franchement transcendant, rien de forcément inhabituel non plus par rapport à ce que je fais d'habitude. Je taquine, je rigole, je me laisse aller aux pires idioties dont mon second degré est capable et en général ça s'est arrêté là. J'essaie juste de pousser le concept au bout, en modèle j'avais Charles qui se débrouillait plutôt pas mal dans ce registre, mais lui il n'a vraiment honte de rien et visiblement plus c'est gros plus ça passe. Voilà. Finalement pas envie de développer plus. Après tout c'était juste un week-end comme tant d'autres, avec son lot de beuveries et de déconne. Enfin plus ou moins.

Ce qui est amusant à constater, c'est qu'il y a une semaine je dévalais les pistes et que là je reviens juste d'aller piquer ma première baignade de l'année. Mi-mars. Bon la mer était quand même glaciale, mais comme dirait Renaud, quand on y est, euh, elle est bonne... Premières vagues, premier bain de soleil, premiers yeux qui traînent avec plus ou moins de chance. Je suis parti avec ma frangine et deux de ses copines, qu'on avait déjà croisées hier soir au cinoche – Team America, World Police, une excellente parodie des Thunderbirds par les auteurs de South Park, à voir absolument. Je sais ce que j'ai pu dire sur le cloisonnement et sur les mélanges, finalement c'est très con comme idée. Ces filles sont super sympa, enfin l'une plus que l'autre, au moins aussi délirantes que ma petite soeur. On a eu le droit à une lecture très second degré du dernier Philippe Delerm, qui valait franchement le détour. C'est marrant à chaque fois que des gens font des efforts pour m'intégrer ça me touche et en même temps ça m'intrigue, a fortiori quand c'est des filles.

samedi 12 février 2005

Quaterback

J'ai fini la matinée sur un petit nuage. Et pas juste parce que j'ai claqué presque mille francs en fringues le dernier jour des soldes. L'avantage de faire l'ouverture des magasins, à part le fait qu'il y ait moins de monde, c'est que souvent les vendeuses sont plus disponibles. Alors j'en ai profité pour lui demander ma taille ou ma pointure deux ou trois fois de suite. Une jolie métisse, visage plat, cheveux attachés, piercing au menton. Je l'ai laissée me suggérer une couleur pour mes nouvelles All-Star, depuis le temps que j'avais envie d'en avoir, les Converse c'est plus dans l'esprit avec des couleurs vives, bordeaux ça fait mieux que rouge pour un mec, moi je préfère quand les lacets sont croisés. Elle me souriait, bien sûr, je crois même qu'elle riait à mes pitreries, mais c'est pas des blagues, j'avais l'impression de voir quelque chose dans son regard et plus je revenais la voir plus je la sentais attentive, attentionnée, réactive. À la caisse elle a engagé la conversation sur mon nom de famille, m'a demandé si je venais de Madagascar – comme quoi ça sert d'avoir un nom pareil. En sortant je ressentais un grand élan dans le coeur mêlé d'une étrange mélancolie. En une demi-heure j'avais vécu les espoirs, les joies, les doutes, tout mon schéma affectif résumé dans un simple échange commercial. Si c'est une technique de vente étudiée, moi je dis chapeau.

jeudi 10 février 2005

Des filles et de l'alcool

J'ai relativement pris le coup de main, le rituel du matin c'est de faire la revue de toute la boîte pour dire bonjour aux collègues. Comme on est de plus en plus nombreux, ça dure de plus en plus longtemps et tout le monde n'a pas forcément l'envie de faire le grand tour. Alors pour raccourcir, les gens font souvent l'économie d'aller saluer dans les bureaux et se contentent juste d'un tour rapide de l'open-space. Moi, mon nouveau petit manège c'est d'aller expressément dans ces bureaux, par politesse, par besoin de contact, surtout pour aller faire la bise aux filles en fait. Quand on y réfléchit c'est tellement intrusif comme geste et pourtant c'est si communément admis, alors évidemment j'en profite. Prenez-moi pour un pervers si vous voulez. Le fait est que je suis un des rares à le faire, je suis en particulier l'un des rares à oser ouvrir la porte du bureau où se terrent Aude, Solenne et Emilie. Je dis oser parce que cette pièce est animée d'une sorte de dynamique de groupe à la limite du communautarisme, qui ne va pas sans intimider la population du geek moyen qui constitue les deux tiers de nos effectifs. Alors forcément je me démarque. Ce matin j'ai même eu le droit à un soupir de soulagement, soit disant parce qu'en arrivant je ne suis pas allé directement leur dire bonjour et qu'elles s'en étaient étonnées. Tout ça au second degré bien sûr, mais quand même. Ça plus le fait qu'Aude en rajoute systématiquement à chaque fois que je viens, si j'avais plus confiance en moi je pourrais commencer à penser que je lui ai tapé dans l'oeil, sincèrement, en toute objectivité. Aude qui cela dit en passant d'ailleurs a fini la journée en relativement piteux état. C'est d'ailleurs pas la seule. Parce qu'il faut bien avouer qu'on est une boîte d'alcooliques sans vergogne. La moindre occasion est bonne pour que la boisson coule à flot et le moins qu'on puisse dire, c'est que les gens ne se privent pas. Aujourd'hui, la palme est quand même revenu à notre bien aimé patron qui, se sentant investi de la grave mission de montrer l'exemple aux petits jeunes, a passé tout l'après-midi à picoler en bonne compagnie dans la cafétéria. Au point d'aller se finir tout seul comme un grand, dans les chiottes, vers dix-huit heures, en faisant au passage profiter l'ensemble de ses employés des échos de ses râles vomitoires. Votre serviteur lui est resté étonnement sobre et le moins qu'il puisse en conclure, c'est que c'est vite insupportable que de discuter avec des mecs bourrés quand soi-même on est clair. En tout cas ça donne pas envie de retenter l'expérience.

mardi 08 février 2005

Suites

Je ne comprends rien aux gens, plus ça va moins je comprends. Par des voies détournées dont je tairai l'origine, j'ai appris que Solenne pense à laisser tomber son copain actuel pour Kévin. Lequel m'annonce par ailleurs qu'il invite sa vraie petite amie lundi prochain dans le restaurant le plus chic de Nantes, pour lui faire une demande officielle de fiançailles. Ça, c'était pour l'inévitable cliché Hélène et les garçons dont je ne suis malheureusement pas sans savoir, cher lecteur, que tu te foutes – bien qu'il me parût indispensable que tu le susses. Mon point étant, d'une part je n'arrive strictement pas à saisir par quelle ellipse intellectuelle il peut en arriver, juste par jeu, à faire rompre un couple sans se soucier plus que ça des dégâts collatéraux. D'autre part je ne sais absolument pas comment il a fait pour y arriver. À moins qu'il ne m'ait pas tout dit. Moi ce que j'ai compris, et arrête-moi si je me trompe, c'est qu'il suffit de parler aux gens d'une certaine façon pour attirer sérieusement leur attention. Admettons. Alors mise en situation, je me retrouve à la cafétéria en tête-à-tête avec la nouvelle stagiaire infographiste, un grand et adorable sourire qui n'a rien à envier à celui de Julie. Au bout de deux minutes et des quelques formules d'usage sur sa récente arrivée, moi je ne sais strictement plus quoi lui dire. J'ai souvent regardé les gens faire, enchaîner les sujets les plus anodins, le concept continue à m'échapper. Et surtout je considère tout ça de plus en plus comme une énigme dont je suis incapable de trouver la solution, comme une épreuve dont je suis incapable de venir à bout.

vendredi 28 janvier 2005

Où je retrouve mes quinze ans

Ce qui d'ailleurs ne veut strictement rien dire, parce que je n'ai pas eu quinze ans, je n'ai jamais eu quinze ans, je n'ai pas vécu cette période d'insouciance infantilisante propice à toutes sortes de frivolités, entre la répulsion dépressive des quatorze et la violente prise de conscience du monde des seize, pendant un an mon adolescence fut vide, de façon assez tristement prémonitoire. Depuis le début de la semaine, pour passer le temps, ce cher Kévin se livre à des manoeuvres d'approche relativement intrigantes, par mail principalement. Et en l'occurrence, il a pris Solenne pour cible. Ce qui d'ailleurs est absurde, puisqu'il est lui-même quasiment marié – et casé d'assez belle manière, j'ai vu les photos – mais il me dit qu'il fait ça pour le sport. Admettons. Et elle, elle répond. Là où c'est amusant c'est que j'ai un compte rendu quasiment en direct de la situation, lui n'hésitant pas à me faire part de ses remarques et à me demander des commentaires, ce qui est évidemment prétexte à la rigolade systématique. Tout ça restant néanmoins du flirt très léger, n'allez pas vous imaginer des choses. J'écoute, je lis, je regarde comment il fait preuve de cette absence absolue de retenue, qui me fascine et me fait un peu envie, parce qu'au bout du compte il arrive plus ou moins à amener là conversation où il veut. Des fois j'ai l'impression qu'on est juste deux gamins qui manigancent pour essayer de séduire une fille, pour de rire, pour de faux, d'autre fois c'est comme de jouer aux Sims, avec mes suggestions à deux francs, et je ricane mais ça me fait presque peur. Comme si rien de tout cela n'était réel, ils ne se sont jamais échangé que des mails, sans quasiment s'adresser la parole. Relation impalpable et éthérée à souhait, a priori anodine et sans conséquences. Et pourtant elle lui fait à chaque fois part d'un peu de ce qu'elle est, ça n'est quand même pas rien. Et elle est assise dans un bureau à quelques mètres de lui. Si loin, si près. Alors quand il lui arrive par hasard de croiser son regard, il me dit, évidemment, qu'il en est presque gêné.

mercredi 15 décembre 2004

Réunion

Entre nous, ce fut une bonne petite soirée. Certes, tant pis pour les bonnes résolutions, qui n'auront tenu que le temps de l'apéritif, mais sans aller jusqu'à l'excès je peux dire que j'étais juste comme il faut. Ce qui ne m'a du reste pas empêché, au niveau du nombre de bêtises débitées à l'heure, d'être dans une forme assez remarquable. J'ai beaucoup ri, j'ai beaucoup fait rire, même si en y repensant, certaines de mes répliques étaient quand même vraiment limites. Mais bon, si on peut plus moquer... Et pour la petite histoire, je me suis même amusé à faire le tour des tables et des petits groupes, chose assez rare pour être signalée, profitant de mon appareil photo pour attirer l'attention et engageant la conversation de façon presque anodine avec pas mal de monde. Même si j'ai surtout fait l'aller-retour entre ma table de départ, avec la fille, Ludo et Nico, et celle de Yohann, Aude et Solène – qui par ailleurs s'est beaucoup amusée avec mon appareil. Je n'ai en revanche quasiment pas adressé la parole à Julie, pour changer – même si j'ai quand même pu prendre ma photo. Et puis le hasard faisant bien les choses, on s'est retrouvé adversaires pendant quinze minutes, lors de l'animation billard organisée par la suite. Pas que ça ait servi à grand chose du reste, à part confirmer sa relative et compréhensible indifférence à mon égard. Contrairement à Aude, avec qui j'ai eu quelques apartés relativement prolongés, enfin sur mon échelle de mesure en tout cas, et ce malgré tous mes scrupules et ma relative circonspection face à certaines de ses attitudes. Socialement parlant donc, j'ai sans doute marqué pas mal de points, même si j'ai désormais la réputation d'être franchement porté sur l'alcool. Mais c'est assez agréable de voir comment, dès le lendemain, le regard des gens devient tout de suite plus amical, pour peu que tu aies pris le temps de leur adresser quelques sourires et de suffisamment faire le pitre à l'occasion. Je commence tout juste à m'intégrer à ce nouveau groupe de vie dont je fais partie depuis maintenant cinq mois, je m'habitue un peu à leur présence et ils se rendent un peu compte que j'existe. Pas encore de qui je suis.

Yohann

Solène

Yoann

Julie

Morceaux choisis, de haut en bas : Yohann, Solène, Yoann, Julie.

lundi 13 décembre 2004

Amères utopies

J'ai du mal, j'ai toujours du mal. Surtout parce que j'ai eu l'audace de croire que j'avais mes chances et que j'ai du mal maintenant à passer à autre chose. Quelque chose du genre, après tout c'est juste une collègue.

J'ai même du mal à déjeuner en face d'elle, en fait je passe mon temps à éviter de lever les yeux de mon assiette. Je ne suis que trop certain de ce que je vais trouver là-haut et j'ai peur d'y rester accroché trop longtemps. J'ai du mal à lui adresser la parole, ça implique de croiser son regard et ça me met franchement mal à l'aise. Ses yeux sont d'un marron relativement léger, presque caramels, avec quelques marbrures plus foncées. Ces yeux qu'elle a tout petits parce qu'elle a passé le week-end aux Transmusicales, ces yeux qui brillent d'enthousiasme quand elle parle de Kraftwerk, des papys de soixante balais qui ont inventé la musique électronique. Oui, c'est ça qu'elle écoute. Je ne sais pas pourquoi je la voyais plus du genre Zazie tendance Nolwenn Leroy, du genre à réchauffer des bols de soupe lyophilisés, du genre à parcourir Elle dans son bain moussant, oui j'ai une imagination débordante. Mais Kraftwerk c'est bien aussi et puis finalement c'est pas si étrange que ça. Probablement même qu'elle écoute Nova, ça collerait tout autant à son image.

Mais le mieux c'est probablement de vous laisser seuls juges sur ce point ; demain soir, c'est séminaire d'entreprise façon réunion d'agence, plus apéro, plus dîner et ce serait bien le diable si je n'arrive pas à en profiter pour vous tirer son portrait. Mon autre objectif étant, c'est décidé, d'essayer de ne pas boire le moins possible, juste pour déterminer à titre purement sociologique si j'arrive à me sentir bien au milieu de plus de cinq personnes sans avoir à m'oublier dans l'alcool. Plus ça va plus j'ai des doutes.

Et pour finir, un petit mot sur Yoann – non, pas le copain de Solène, non, un autre. Un autre du genre vachement canon, même si je ne m'en étais pas rendu compte à première vue, enfin ça ne m'avait pas marqué de prime abord. Sourire canaille limite ravageur, piercing à la langue, barbe naissante façon mauvais garçon, probablement travaillée quotidiennement pour obtenir l'effet désiré, fossette prononcée qui barre un menton saillant juste ce qu'il faut et ce putain de torse, plat comme une planche à pain, avec une pilosité brune simplement suggérée par sa peau mate, qu'il arbore l'air de rien sous nos yeux pour nous montrer une piqûre d'insecte – véridique, la piqûre, tout le reste aussi d'ailleurs. Ça laisse rêveur, rêve au moins aussi inaccessible que Julie. Quitte à rêver...

lundi 06 décembre 2004

Solenne

Franchement pas prémédité mais franchement pas désagréable, aujourd'hui j'ai passé cinq minutes à papoter en salle de pause, en tête-à-tête avec la copine de machin. Même si, sujets de discussion pas spécialement folichons, elle fait un stage en alternance avec son BTS, ce qui explique pourquoi elle n'est là qu'une semaine sur deux. Ces semaines-là sont un peu moins ternes, mais ça je vous le dis comme je le pense. D'ailleurs c'est étonnant de constater que la plupart des filles de la boîte ne sont en général là que par intermittence. Entre Aude qui est en mission à Paris et même Julie, la belle Julie, qui est quand même souvent en déplacement commercial, salons et assimilés, ça a à vrai dire une influence notoire sur mon moral. Et là, j'ai comme une vague envie de vous sortir un couplet sur son ventre, sur la délicate courbure de son ventre, sur le déhanché subtil de sa démarche, mais je crois que je vais juste m'abstenir. Solenne lui ressemble d'une façon assez curieuse, même tâches de rousseur à peine perceptibles, même coupe de cheveux, elle a juste ces rondeurs nettement, nettement plus généreuses. Je regarde son profil sans trop la dévisager, visiblement, elle se fait quand même chier, ici. En gros on ne lui fait jamais que démarcher des prospects au téléphone, travail que je trouve intéressant s'il en est... Elle a une formation de développeuse à la base et c'est elle qui a décidé de se réorienter parce qu'elle trouvait ça encore plus ennuyeux de se retrouver huit heures par jour à tapoter devant une machine stupide, qui vous bouffe votre santé et votre vie sociale. Certes. Sur quoi elle repart passer ses coups de fil, en traînant les pattes et en se plaignant de son casque mains libres qui déconne. J'ai un sourire discret, au coin des lèvres.

dimanche 28 novembre 2004

Premiers pas

Elle travaille dans une boutique de matériel informatique pas très loin de chez moi. C'est facile de la remarquer, c'est à peu près la seule fille du magasin et par ailleurs, c'est aussi la seule personne à peu près aimable de tout le staff – comprenez, qui n'envoie pas systématiquement chier ses clients, avec condescendance pour les plus chanceux et avec une niaiserie infantilisante pour les autres. Elle trie, elle range, elle rayonne et accessoirement, elle fait la caisse. Elle a des cheveux blonds mi-longs et mal coiffés et porte toujours un gilet grisâtre sur un pantalon en coton rouge qui ne la met pas spécialement en valeur. C'est facile de l'aborder, il suffit de trouver un renseignement quelconque à lui demander, elle répond avec un sourire franc, très professionnel. Elle s'appelle Reine. La première fois que j'ai vu son badge, sans y prêter attention, je me suis dit que c'était peu commun comme prénom. Avant de constater qu'elle avait le même nom de famille que Kévin. Hasards et coïncidences, parce que ce monde est finalement bien petit. Après vérification auprès de la personne concernée, oui, elle est de sa famille, c'est même sa soeur jumelle, mais aucune ressemblance. Ce qui me faisait un prétexte de plus pour éventuellement engager une conversation, au détour d'un rayon, surtout après lui avoir fait chercher dans plusieurs cartons une pièce qui n'existait pas, moqueries légères et haussements d'épaules navrés. Mais voilà, le magasin fermait cinq minutes après et je n'ai plus trouvé la pause nécessaire pour aborder le sujet. Une fois de plus je me suis résigné à partir, la queue entre les deux jambes. Mais ils reçoivent de nouveaux stocks dans la semaine ; alors j'y retournerai probablement samedi.

lundi 08 novembre 2004

Dans les dents

Non mais bon, moi tout ce que j'en dis, prenez vos râteaux vous-mêmes, tous seuls dans votre coin, ça passe tellement mieux. Le principe de départ étant de son monter un bateau, de préférence le plus énorme possible, voire même de cogiter tout un week-end afin de comploter un plan d'abordage bien ficelé, et puis de se couler gentiment le lundi midi sans même avoir eu l'opportunité de mettre en pratique le fruit de vos divagations machiavéliques, parce qu'au détour d'une conversation vous comprenez que la personne en question a déjà un copain. Il y a des fois comme ça où j'ai juste envie de rire de moi-même. Là où ça devrait me soulager mais en fait ça me soulage pas du tout, c'est qu'en général j'ai l'impression de beaucoup mieux m'entendre avec les filles qui sont ouvertement en couple, genre ça me fait sauter un verrou psychologique ou quelque chose du genre, du coup je me comporte presque normalement. A part ça tout va bien. Rappelez-moi de vous raconter un autre truc au boulot.

vendredi 05 novembre 2004

Problème

Mais merde, j'ai beau retourner ça dans tous les sens, je n'ai vraiment pas la moindre idée sur comment m'y prendre, à part m'arranger pour déjeuner avec toi tous les midis quitte à laisser tomber mes nouveaux copains-collègues, à part chercher tes yeux quand tu files nonchalamment entre les bureaux, sans arriver à soutenir ton regard quand il t'arrive cependant de m'apercevoir, à part te taquiner gentiment à la moindre occasion en profitant de ta bonne humeur naturelle ; comment faire pour te dire que j'adore le soin que tu as l'air de prendre à t'habiller, que j'adore cette paix et cette simplicité dans ta voix, et ce sourire, ce visage qui se plisse tout en restant le plus naturel possible, calme, doux, raffiné.

mardi 02 novembre 2004

Premier contact

Hey, Julie, me dis pas enchantée avec cette voix et ce sourire, la toute première fois que tu croises mon regard le matin à la cafète. Et viens pas t'asseoir à côté de moi pour déjeuner, même si t'es la dernière arrivée et qu'il n'y a pas de place ailleurs. Hey, Julie, me laisse pas comme ça regarder tes taches de rousseur et ton petit bout de nez qui fait la nique à tout le monde. Hey, Julie, m'adresse pas la parole en faisant semblant de t'intéresser à ce que je peux te répondre. Hey, Julie, fais gaffe à ton pied croisé sous la table et qui vient taper dans ma jambe. Me laisse pas écouter tes histoires de boîtes inhumaines, ailleurs, et tes impressions d'ambiance familiale, ici. Hey, Julie, te tourne pas comme ça vers moi, même pour mieux entendre les autres. Laisse pas ton coude posé sur la table et ta tête posée dessus l'air de rien. Hey, Julie, fais pas tomber l'ouverture de ton encolure juste sous mes yeux, tu vois bien que je suis incapable de les ramasser. Et efface ce sourire. Hey, Julie, me laisse pas le temps de me souvenir de ton parfum. Julie, me laisse pas le temps de regarder si tu le fais exprès. Surtout pas.

vendredi 01 octobre 2004

Décote

En fait c'est juste un garçon tout ce qu'il y a de plus banal, avec son bon et son mauvais profil, cette allure désagréable quand il est mal rasé, avec ses mots par moments inintéressants et ses silences, avec ses tentatives humoristiques qui tombent parfois à plat, avec cette possible assurance dans la voix quand il propose une bidouille technique, qui semble cependant laisser transparaître quand il se tait une réserve vaguement touchante et un peu pénible. Je ne sais pas si je dirais que c'est un type intéressant, il avait l'air un peu trop bien de loin, et je ne sais pas s'il dirait que je suis un type intéressant non plus. Avec cette tendance à rentrer dans le jeu du tout vu-tout fait quand on me tend la perche, à mentir pour faire mon intéressant, à boucher les trous avec du n'importe quoi, à jouer à faire du bruit maintenant qu'on daigne jouer avec moi. Sa copine est vraiment belle. Le matin alors que c'est évident qu'ils arrivent ensemble, ils se rendrent à leurs bureaux respectifs par deux chemins bien distincts et avec un léger décalage aux apparences diplomatiques. Ils ne montrent entre eux que cette pudeur qui veut peut-être cacher un monde bien à eux. Ils vont bien ensemble.

mercredi 15 septembre 2004

Divagations

Je pourrais aussi vous glisser un mot sur la fille la plus mignonne du monde, qui est serveuse dans une crêperie en ville, la Blanche Hermine. Même si elle a fait un peu jeune et qu'elle a des faux airs de Buffy, elle a un visage rond et discrètement imparfait, elle a des petites maladresses et des légères attentions, et quand elle t'appelle monsieur, qu'elle te demande ce que tu veux (manger) ou qu'elle s'excuse pour la carte bleue, elle a ces traits tellement adorables et ce sourire tellement angélique qui te font dire qu'au fond, les filles mignonnes sont souvent bien plus belles que les plus belles des filles.

dimanche 29 août 2004

Pêle-mêle

La journée a commencé aux aurores, je devais me réveiller aux environs de sept heures du matin pour amener ma soeur à la gare. Elle va s'amuser à passer 18 heures de son week-end dans des trains, tout ça pour aller voir des amis à Toulouse. Faut être motivé quand même. Une fois rentré, j'ai réussi à me forcer à re-sortir, histoire d'aller voir J'me sens pas belle, en passant auparavant par la case supermarché. J'avais plus ou moins prévu de claquer cinquante euros en cédés, mais comme par hasard sur les présentoirs aucun des albums que je voulais n'étaient disponibles. Aucun. Au lieu de ça, j'ai joué au chat et à la souris avec une fille qui parcourait les rayons en même temps que moi. Et cette fois c'était vrai, parce que je sais que j'ai parfois tendance à me faire des gros films, elle me suivait, vraiment, et je la suivais aussi, vraiment, même qu'au bout d'un moment ça m'a foutu carrément mal à l'aise, alors je suis parti me cacher. La prochaine fois, il faudrait que j'essaie de décocher au moins un sourire.

Le film était plutôt pas mal dans son genre, mais je ne saurais pas trop dire pourquoi. Il est construit de telle manière à ce qu'on ait toutes les cinq minutes la pire des hontes pour chacun des deux acteurs, évidemment parce qu'il y a des scènes qui sont profondément ridicules, aussi parce qu'il y a ces détails où on est obligé de se reconnaître et qui donc vous touchent un petit peu, comme ces silences gênés ou ces conversations creuses. C'est peut-être pour ça qu'on s'attache quand même aux personnages, même si au fond le scénario n'est qu'une millième redite. Par contre, évidemment ça fait un peu bizarre de se retrouver seul dans la salle devant ce genre de films. Je crois qu'il y a des fois où l'ambiance a besoin d'un public qui réagit pour prendre sa pleine mesure – d'autres fois c'est pénible, mais là de sentir inconsciemment d'autres personnes tilter pour les mêmes raisons que toi ça doit quand même être... rassurant.

En fin de compte, j'ai fait la navette jusqu'à l'autre côté de la ville pour trouver ce que je cherchais. L'album de The Darkness que j'ai bien failli louper, tellement il était bien caché derrière des trucs qui n'avaient rien à voir, et puis le premier de Phoenix – et Muse et Morcheeba pour la forme. Phoenix c'est sympa, même si je risque peut-être de m'en lasser aussi vite que Weezer. C'est des guitares gentillettes vaguement joyeuses, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais c'est simple et agréable, un peu comme Air mais en moins éthéré, en plus consistant. J'ai hésité aussi, plutôt pas mal, devant le dernier album d'Autour de Lucie. La première fois que je les ai entendus, c'était sur une compil' offerte par ma banque, une ballade brillante et sucrée qui m'avait plu parce qu'elle était faite pour ça. Et puis récemment je les ai à nouveau entendus par hasard et, comme je suis en train de me dire que si ça se trouve je loupe pas mal de trucs parce qu'ils ne sont pas assez médiatisés, je me suis dit pourquoi pas. C'est juste qu'il sonne un peu trop sombre par moments et que je ne suis pas trop dans une période prise de tête.

Le soir je suis allé aux Rendez-vous de l'Erdre, sans doute une de ces manifestations culturelles qui font que Time considère Nantes comme la ville la plus agréable d'Europe. En fait c'était plutôt une sorte de guinguette géante autour des quais – et quand je dis guinguette, il faut voir les marchands de crèpes et de merguez-frites et les comptoirs improvisés sur des trétaux en bois. Et la foule dense qui marche, qui se presse, à se demander où vont tous ces gens. Vers ce concert façon mauvais Jazz où on a l'impression que le violoniste joue en play-back ou plutôt vers ce pianiste qui improvise à l'abri d'un grand marronnier. Un peu cliché, oui. Mais un cliché malgré tout agréable, où on a l'impression qu'une autre lumière a envahi la ville. C'est peut-être les lampions dans les arbres qui n'éclairent pas vraiment ou ces reflets qui clignotent dans les remous de l'eau ou ces bruits et ces odeurs tellement inhabituelles pour un centre-ville. Au coin de cette rue où tu as dû passer une bonne centaine de fois, une scène s'est installée et du coup t'as l'impression d'être vraiment ailleurs. Dans le sud, là où les crépuscules sont ocres et les soirées douces et chaudes.

On s'est posés aléatoirement dans des coins plus ou moins glauques sur l'île de Versailles ou en bas de la Préfecture. À se raconter des énigmes et à monter des théories sur les bombes et les crashs d'avions. À parler aussi, de cette proposition d'embauche que j'ai refilée à Yves et qui va peut-être aboutir et ça me ferait vraiment plaisir. Pour lui évidemment, mais aussi pour l'impression d'avoir été utile à quelque chose et d'avoir aidé quelqu'un. Juste avant l'entretien il m'a appelé pour avoir des conseils sur la manière d'aborder le recruteur et au final s'il décroche le poste ce sera un peu grâce à moi. Je sais pas si c'est du vrai altruisme – pas que je lui demande quoi que ce soit en retour, plus dans l'idée où je suis plus content de l'avoir aidé que du fait qu'il retrouve du travail. Je me souviens de ce court-métrage où, après la mort, Gabriel jugeait de votre aptitude à monter au paradis en comptant le nombre de gens dont la vie aurait été fondamentalement différente si vous n'aviez jamais existé. C'est sans doute infiniment prétentieux comme façon de voir, mais ça me plaît plutôt assez.

Ça c'est fini du côté de la Jonelière, juste le temps de voir les poivrots sortir de La Belle Eloïse et reprendre le volant, de pisser dans la flotte, de jouer avec les amarres des bateaux et d'enchaîner les clopes. La clope, à part ce goût désagréable qu'elle laisse au fond de la gorge, au fond je n'en vois pas trop l'intérêt. Il faudra peut-être qu'on m'explique.

samedi 21 août 2004

Filles et Garçons

T'as jamais eu envie d'être un garçon, toi ? Moi il y a bien un truc que j'envie aux filles, c'est ce pouvoir incroyable qu'elles peuvent avoir sur les mecs. I'a qu'à prendre un mec comme moi par exemple, et bin n'importe quelle fille pourrait me faire faire n'importe quoi en s'y prenant comme il faut ; et bin je sais pas si le principe est valable dans l'autre sens, je sais pas si à l'inverse les mecs ont un pouvoir comparable. Sauf les types super canons, bien sûr, eux ils peuvent sans doute obtenir n'importe quoi de n'importe qui. Comme ce gars au boulot qui est tellement mignon qu'il m'intimide carrément, pas parce qu'il est outrageusement beau, pas comme Denis qui n'était juste qu'un ado qui a bien poussé, non, il a cette voix d'ange et ce regard ténébreux, cette allure sombre mais raffinée, lui il n'aurait qu'un geste à faire pour... enfin bon voilà quoi. Mais mis à part ces quelques exceptions, donc, je suis pas sûr que les gars puissent manipuler les filles de la façon dont les filles manipulent les gars. I'a qu'à voir la façon dont cette fille se sert (peut-être inconsciemment) de ses attributs rien que pour influencer la façon dont les mecs travaillent avec elle. Des fois je me dis que si j'étais une fille, au moins j'aurais le loisir de jouer de ce pouvoir avec les gars qui m'entourent, ça doit être quand même sacrément grisant que de voir une conversation changer complètement de ton rien que parce que vous y entrez. Non ?

lundi 09 août 2004

Déconcentration

Ouaips. Il y a cette fille fraîchement revenue de vacances qui est censée piloter le projet sur lequel je travaille. Alors aujourd'hui, mon chef nous monte une petite réunion tous les trois, histoire de faire rapidement le point sur où on en est, puis il nous abandonne rapidement entre quatre yeux, dans une salle grande comme une cellule de prison. On est censés parler boulot alors je lui fais des remarques sur ces specifs qu'elle a écrites et qui ne sont pas toujours claires, elle, elle me donne de grandes leçons sur la conduite de projets et les bonnes règles à suivre. Ça devient rapidement inintéressant au possible. Elle est stagiaire. Elle a un nom a consonance et un léger accent dans la voix. Elle revient juste de son congé de mariage, dont elle publie les photos sur la mailing-list de la boîte. Bronzage de circonstance. Il faudrait essayer de respecter ce cycle de développement, histoire d'arriver à tenir ce délai de vingt-six jours. Elle est vraiment tout près, je discerne presque le grain de sa peau. Moucheté. Et l'air qui ne se renouvelle pas se remplit peu à peu de cette odeur de mauvais parfum. Une heure plus tard. Deuxième réunion pour planifier le projet et se mettre d'accord sur la documentation à remplir. Elle a ses pieds horriblement contorsionnés dans les lanières de ses sandales. Elle a enlevé ses lunettes et j'évite ses yeux le plus possible. A l'endroit de son débardeur où la bretelle rejoint le tissu on aperçoit les plis de son bras rejoindre ceux de sa poitrine. Tout commence officiellement demain, il va falloir mettre un chiffre là-dessus. Quatre-vingt-cinq, quatre-vingt-dix ?

vendredi 16 juillet 2004

Voyages

C'est vachement joli une fille. Je veux dire, au delà de toute considération strictement personnelle, c'est joli une fille, beaucoup plus qu'un garçon – même un beau garçon. D'ailleurs à ce propos, concours de circonstances, j'ai croisé le fameux François, qui est effectivement assez beaucoup mignon, encore plus que sur les photos, alors que d'habitude c'est plutôt le contraire – et bien même lui n'arrive pas à la hauteur d'un bout de peau qui dépasse, d'un bout de courbes qui déborde, de tous ces bouts de fille qui te tombent dessus, comme ça, par hasard, juste assez souvent pour illuminer tes journées. Dans le Nantes-Paris de jeudi, il y avait cette fille qui dormait à côté de moi, la tête dans ses bras croisés sur la tablette, il y avait ses mains perdus dans ses cheveux qui soutenaient sa tête, il y avait ce dos tellement rond que t'avais envie d'y poser ta main, gentiment, sans rien dire, et ce piercing rose qui jouait à cache-cache avec tes yeux juste parce que, bénis soient les designers de la SNCF, ces porte-bagages sont décidément trop hauts, on ne les atteint souvent qu'à bout de bras, et parce que, bénie soit la mode, ces pulls d'été sont décidément trop courts. Et puis c'est vrai que dans le train t'es sûr de pouvoir sourire aux filles sans trop de risques, pour peu que tu doives te lever et faire lever la dame, en revenant tu la remercies avec un sourire et ça, c'est déjà pas si mal. En me rasseyant, j'ai presque eu le courage et l'envie de lui adresser la parole, elle prenait pas très activement des notes sur un livre quelconque, en espagnol dans le texte.
– Ça a l'air de te passionner, c'est dingue...
Rires.
– ¿Eres de España?
– No, es un libro que tengo que leer para mis estudios.
– Ah ouais d'accord. T'es française alors ?
– Si. Je veux dire, oui.
Ouais. Un jour je la tenterai, cette approche. Pour de vrai. D'ailleurs, je reprends le train lundi.

mercredi 02 juin 2004

Annonce à caractère personnel (titre provisoire)

Je dirais 26-27 ans, chemisier et pantalons noirs, veste crème, collier de perles, lunettes façon working-girl, un my-X6 de chez Orange, une carte de demandeur d'emploi dans un porte-feuille rouge, un chéquier regardé à l'entracte mais je n'ai pas eu le temps de lire, place C-49 au premier balcon impair. Je suis sourire niais en tee-shirt orange, place D-51. Écrire au journal, qui fera suivre.

jeudi 20 mai 2004

Couleurs

Je veux dire, d'accord, je me connais, je suis incapable de discuter avec une fille plus de trente secondes sans perdre totalement mes moyens. Et bien il y a des fois où c'est encore pire. Tu te souviens de Sylvie ? C'était une de mes profs à la fac, une toulousaine trentenaire, les cheveux qui bouclent et l'accent qui chante. Un banal concours de circonstances, que je n'ai pas envie de détailler, m'a fait dernièrement revenir au labo – bien que je n'aie plus grand chose à y faire. Me voilà donc tranquillement assis à discuter chômage autour d'un café avec de futurs thésards. Quand Sylvie rentre dans la pièce. Silence. Elle croise mon regard, planqué derrière un pot de fleurs. Le temps qu'elle me resitue et elle s'exclame tiens, un revenant. Elle va récupérer son café, s'assied avec nous, life-update obligatoire et peu glorieuse en ce qui me concerne. Le truc, c'est que Sylvie, qui a toujours été ravissante, porte une robe à fleurs estivale. Estivale. Et la façon dont elle la porte, d'un air aussi naturel et détaché, assise à un mètre de moi, moi bien obligé de lui adresser des regards quand elle m'adresse la parole, forcément au bout d'un moment je ne sais plus ce que je raconte. Je suis plus concentré à ne pas avoir l'air trop louche ou trop gêné. Et surtout je retiens mes yeux. Elle m'impressionne parce qu'elle resplendit dans sa bonne humeur, elle m'impressionne parce qu'elle a bien dix ans de plus que moi et qu'elle me parle d'égal à égal, elle m'impressionne par son sourire et son franc-parler et l'assurance infinie qui se dégage d'elle. Et pas sérieuse pour un sou. Sylvie est une femme, dans le sens adulte du terme, et qui impose le respect, grande, belle, sûre d'elle. Et moi, ridicule, fragile, coi, je ne sais décidément plus où me mettre. La conversation continue, je parle de moins en moins. Heureusement, d'autres profs passent par-là et détournent un peu l'attention. Cinq heures et demie, il fait trop chaud pour travailler, ils lèvent tous le camp. Je me réveille, quelque part entre le septième ciel et le trente-sixième dessous.

lundi 22 mars 2004

Quelque part

Les rares fois où je sors, je dois désormais arborer un regard ridiculement hagard, celui des désespérés qui cherchent des yeux quelque chose qui leur demeure irrémédiablement inaccessible et dont l'absence les rend viscéralement malades. Les trop rares sourires que j'entr'aperçois reflètent d'ailleurs plus souvent des marques de compassion qu'autre chose. En fin de matinée, j'accompagnais ma sœur à une razzia vestimentaire chez Somewhere, elle a passé environ deux heures à essayer presque tout le magasin, mes yeux de merlan frit ont passé environ deux heures à épier une des vendeuses. Vous voyez, le cliché du gars qui se cache derrière les rayons et guette un coin de visage ou un bout de peau entre un cintre et un mannequin ? Environ deux heures. J'espère que personne n'a remarqué, que ce soit dans ce magasin ou dehors d'ailleurs, même si après tout on s'en fout, j'avais quand même pitié de moi en sortant. Mes globes oculaires traînent de plus en plus, comme aux premières heures de mon adolescence, sauf que je crois que je ne bave plus. Et même si au fond tout ce que je cherche c'est un peu de chaleur et d'affection, je finis par les chercher par procuration dans les accidents d'une chute de reins. Et retrouver le confort de gens qui choisissent de m'apprécier.

lundi 19 janvier 2004

Connaissances

D'autres blogs sur d'autres vies me paraissent toujours plus émouvants. Malgré les tournures maladroites et les divagations énigmatiques. Peut-être n'y a-t-il pas besoin de savoir écrire pour toucher les gens avec des mots. Peut-être suffit-il d'avoir quelque chose à raconter.

Hier, en entrant dans un magasin d'artisanat à La Gacilly, j'ai été frappé par la beauté de l'adorable vendeuse. Papa cherchait un mirroir à accrocher dans la salle de bains à l'étage. Elle tenait la caisse pour sa mère, décoratrice de son état. Je l'ai discrètement dévoré des yeux, avec un sourire se voulant néanmoins poli, celui que l'on arbore devant des inconnus quand une circonstance commerciale l'exige. En emballant la pièce jaune et carrée que papa avait choisie, elle l'a fixé pendant un instant. On se connaît, non ? Non je ne crois pas, je m'en serais souvenu. Vous habitez Orvault ? Oui. Oui, on était même voisins, avant qu'on vienne ici. Dubitatif, mon père nous regarda à la recherche d'une confirmation. Peut-être, peut-être pas, Orvault c'est un grand village. Et puis aucun de nous n'avait envie de lui enlever cette soudaine complicité, cette hypothétique ancienne cohabitation qui avait décoré son visage d'un sourire angélique. Admettons. Promettons également de saluer les autres à l'occasion. Nous n'y manquerons pas. Dehors, nous nous sommes mutuellement convaincus qu'elle avait dû confondre. Peu importe. Je l'aimais déjà.

mercredi 26 novembre 2003

Kill Bill, considérations diverses

Ça fait plaisir de sentir qu'on plaît. Ou du moins, ça fait plaisir de croire que c'est le cas. Elle a monté l'escalier qui menait au cinéma, quelques mètres devant moi. En tournant à l'angle, j'ai croisé ses yeux souriants. Elle était jeune. Son parapluie mal fermé pendait aux côtés d'un sac de toile. Elle portait un long manteau poivre et sel sur un pantalon bouffant noir. Ses cheveux était longs et son écharpe était rose. On avançait en s'épiant dans deux queues parallèles. Kill Bill vol. 1, V.O., 11h15. Je me suis assis sur les rangs du milieu, dans une salle encore vide. Elle est rentrée quelques minutes plus tard. Sièges du fond. La salle se vidant après la séance, je me demandais si elle était encore là. Non. Elle faisait les quatre cents pas dans le hall du cinéma, discutant avec les hotesses. Elle m'a emboîté le pas quand je suis sorti à la fin du générique. Elle m'a suivi dans la galerie sur cinquante mètres. Je sors, je me retourne, je lui tiens la porte, elle me sourit. Je redescends à la voiture, elle part vers le tram.

Le film ? Quelques changements de rythme et de couleur intéressants, des allers-retours à la Pulp Fiction, une musique décalée mais cohérente et surtout une certaine classe dans les répliques, dont la V.F. est malheureusement privée – au moins, d'après les bandes annonces que j'ai vues. C'est du grosentertainement, il ne faut pas se leurrer, mais avec la touche d'originalité de Tarantino (des fois, il abuse un peu de ça d'ailleurs). Globalement satisfait, donc. Surtout qu'il ne finit pas trop en cliffhanger.

samedi 01 novembre 2003

Contact(s)

Je crois que j'en suis à peu près là :

Un soir de décembre, Bruno s'assit à côté de Caroline Yessayan avant la projection de Nosferatu le vampire. Vers la fin du film, après y avoir pensé pendant plus d'une heure, il posa très doucment la main gauche sur la cuisse de sa voisine. Pendant quelques secondes merveilleuses (cinq ? sept  ? sûrement pas plus de dix), il ne se passa rien. Elle ne bougeait pas. Une immense chaleur envahissait Bruno, il était au bord de l'évanouissement. Puis, sans dire un mot, sans violence, elle écarta sa main. [...] Il y avait eu chez ce petit garçon quelque chose de très pur et de très doux, d'antérieur à toute sexualité, à toute consommation érotique. Il y avait eu le désir simple de toucher un corps aimant, de se serrer entre des bras aimants. La tendresse est antérieure à la séduction, c'est pourquoi il est si difficile de désespérer.

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires

Ça a du m'arriver deux ou trois fois, le plus souvent dans le train. Ces longues heures assis à ne rien faire d'autre qu'à divaguer, étaient remplies de l'espérence qu'à chaque gare une gentille inconnue vienne s'asseoir sur le siège d'à côté. Je devais avoir une vingtaine d'années la première fois que je suis monté seul à Paris pour un entretien de stage. Le hasard des réservations m'avait placé à côté d'une jolie genevoise – ou du moins, elle allait à Genève. Elle avait passé les deux heures profondément assoupie. Elle portait des nu-pieds et le temps où je n'ai pas dormi volontairement avec elle, au son de sa respiration, je l'ai passé à regarder avec émoi ces ongles vernis qui vivotaient sur le repose-pieds.

Quelques années plus tard, au cours deux expériences assez similaires dans un autre Nantes-Paris et un Nantes-Bordeaux, j'ai pu sentir la chaleur s'échanger entre deux bras posés sur un même accoudoir trop étroit. Bénis soient les designeurs de la SNCF. La première était une rouquine en débardeur dont le visage angélique et la voix timide (je lui avais demandé d'enlever son sac, posé sur mon siège) m'avaient enchantés. La seconde était une adolescente rebelle qui sentait les Lucky Strike – et je crois que je n'avais jamais autant apprécié l'odeur du tabac sur des vêtements – qui descendait des litres d'Évian et qui m'a gratifié de quelques coups dans son sommeil agité.

Et bien sûr ces fois où j'ai eu les deux filles que j'aime à moins d'un centimètre de moi. Je crois que ces instants inconscients d'infinie proximité, sans un mot, sans un geste, où l'on parle ce langage secret sans paroles, sont parmi les plus agréables choses que j'aie vécues.

jeudi 30 octobre 2003

Amours secrètes

Marie ?. Une petite fille assez teigneuse de ma classe de CE1. Sa mère était d'une manière ou d'une autre reliée à l'école et donc elle bénéficiait d'une certaine permissivité de la part des profs. Elle était aussi suffisemment intelligente pour profiter de la situation. Elle avait alors une certaine aura auprès des autres élèves. Ça a été le premier crush d'une petite série.

Violaine V. On avait systématiquement été élus délégués ensemble pendant un certain temps. Donc on se retrouvait souvent tous les deux seuls dans les classes pendant les récréations, parce qu'on avait des responsabilités à tenir. Elle était taquine et rigolarde. Je me souviens d'avoir fait le pitre sur les tables de cours et d'être tombé. Elle avait tellement ri qu'elle a essayé de m'imiter pour reproduire le ridicule de ma situation. Pendant sa pirouette, j'ai vu sa culotte. On était à nous deux les premiers de la classe en primaire, et l'instit d'alors se servait de ça pour nous monter l'un contre l'autre, ce qui en fait nous a plutôt rapprochés. Je l'ai perdue de vue au collège, parce que c'est des choses qui arrivent. Sur la fin du lycée en la revoyant – elle était en fait la cousine d'un copain – je me suis demandé si elle se souvenait de cette époque. J'espère que oui.

Anne-Solène Q. La première fille pour laquelle j'ai un un béguin tout en ayant des preuves assez tangibles de réciprocité. Bon, j'avais onze ans, mais quand même. Je la croisais assez souvent dans le bus et dans les couloirs du collège. Et elle était assez amie avec Aude-Jade E., une gentille peste qui a joyeusement pourri ces quelques mois de sixième où j'avais été son voisin. Je la regardais. Elle me regardait. La semaine où les trois quarts des élèves étaient partis en camp religieux (le collège était du genre catho-intégriste), on s'était retrouvés en petit comité d'une vingtaine d'élèves. Benoit R. lui avait alors demandé sous forme de boutade si j'avais mes chances avec elle. Elle avait opiné discrètement du chef. Vincent T. m'a après coup fait une petite scène de jalousie, parce que lui aussi voulait sortir avec elle. Mais il ne s'est rien passé.

Julie L. On était bon copains durant la cinquième. Disons que je me foutais de sa gueule et qu'elle me le rendait bien – mais gentiment, hein. Je la taquinais à propos de Florent R. (le cousin de Violaine) de qui elle était assez proche. De la jalousie sûrement. En quatrième, on nous a assis l'un derrière l'autre, au fond de la classe, avec Samuel, mon futur meilleur pote. On foutait un bordel monstre. Donc on nous a déménagé au bureau juste devant le professeur, moi et Julie. Juste derrière Julien P.. Et ça a été encore pire. J'ai eu mon premier mot à faire signer par mes parents à cause d'eux deux. Quand elle a fait son exposé sur les jeux olympiques, je n'ai pas arrêté de lui tirer la langue pour la déconcentrer. Elle m'a répondu et tout le monde a dû le voir. Vers la fin de l'année, elle nous a dit qu'elle était amoureuse de quelqu'un de la classe, dont elle a glissé le nom dans l'oreille de Julien. Je lui ai épluché les noms des autres garçons de la classe et elle répondait à chaque fois que non, ce n'était pas lui. L'année s'est finie et je n'ai jamais eu confirmation. Au début de la troisième (on n'était plus dans la même classe), elle continuait à me dire bonjour dans les couloirs. Je ne sais pas pourquoi je ne lui répondais jamais. Alors elle a arrêté.

Alexandra G, dont j'ai déjà parlé. Je l'ai revue deux fois après ça. Une fois, elle était à l'arrêt de tram en face du mien, et on s'était regardé dans les yeux pendant cinq bonnes minutes – au jeu du premier qui cligne a perdu. Je lui avais souri quand elle était monté dans son tram. Une autre fois, alors qu'elle était partie dans un autre lycée, je l'ai vue se rendre à un entraînement de volley. Elle ne m'a pas reconnu.

Marine E. Elle était en première et moi en seconde. Je la cherchais des yeux à chaque récréation. Je me souviens que ma journée était forcément joyeuse dès lors que je l'entr'apercevais le matin dans le tram – ce qui arrivait assez souvent. Un jour je me suis assis en face d'elle, l'air de regarder ailleurs, tout en la dévisageant dès qu'elle tournait les yeux. J'adorais la façon qu'elle avait de s'habiller, très space et en même temps vraiment original. À la fin de l'année, elle s'était fait implanter des tresses rousses qui lui descendaient jusqu'aux genoux. Je savais tout d'elle. Y compris son adresse et le numéro de sa ligne privée. La semaine où elle est partie en voyage d'études en Angleterre, elle me manquait tellement que j'en avais des noeuds à l'estomac. Une fois elle m'a désigné du doigt au cours d'une conversation avec un grand brun. Il s'était retourné vers moi et avait ricané. Sur ses lèvres, j'ai lu un hypothétique lui, là ?. Et pendant la semaine des oraux, coincé au lycée un mercredi après midi, je l'ai vue traverser la cour en diagonale. Ça a bien duré cinq minutes. Au milieu du trajet, elle a regardé vers moi. Je n'ai pas détourné les yeux. J'aurais du aller la voir. Bref.

Elise D. Vraiment adorable, avec sa tignasse bouclée à outrance. On a fait nos deux premières années de fac ensemble en même temps. Au premier T.P. d'électronique, elle m'avait souri un petit moment, pendant que le prof donnait les consignes. Elle avait tout le temps un espèce d'imbécile vantard dans les pattes, du genre hargneux et jaloux. Un jour j'ai fait un effort incommensurable à la bibliothèque, pour lui demander des cours que j'ai recopié avec soin et attention. Elle a continué dans les maths. Et je sais que j'attendais avec impatience les trop rares cours qu'on avait en commun. Bien que l'amphi contienne largement 200 étudiants, on s'asseyait toujours aux mêmes places, elle et ses copains au rang juste devant nous. Je l'ai souvent regardé écrire. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue.

Bon, j'arrête là, le reste est couvert par le secret d'insctruction.

vendredi 08 août 2003

Karaoké Powa

Ai rêvé de me faire aborder par une ado de 16 ans (voire moins), binoclarde et élégante, qui a été enchantée par ma prestation sur Pour un flirt avec toi lors d'une réunion dans l'openspace. Elle m'a proposé d'aller faire un tour au hasard dans Barcelone toute proche, qu'aucun de nous ne connaissait, et que c'était l'occasion. Mais je me suis tourné dans mon lit et j'ai perdu le fil.

vendredi 01 août 2003

Lithanie

Denis, Denis, Denis. Fantasme inavoué, désir inaccessible. Prends moi dans tes bras et laisse-moi toucher ta peau, comme un ami, comme un amant, comme un grand frère. Je sais que ça n'arrivera pas mais je sais pourquoi je continue d'y penser. Pour entretenir ma flamme. Pour laisser mon espoir vivre. Parce que ce n'est pas de l'amour que j'attends de toi. C'est juste physique. Et ce contact-là, j'en ai plus que jamais besoin.

mardi 08 juillet 2003

Quote

Moi: Bon rien à voir (et je devrais pas dire ce genre de choses) mais légère envie de viol sur le livreur, là, à l'instant.
Elle: Miam.
Elle: Mignon comment ? :)
Moi: Bin, skinny
Moi: avec un petit bouc
Moi: cheveux rasés
Moi: petit air je veux mais je veux pas.

mardi 01 juillet 2003

L'imbécile

Ce matin, j'ai fait mon gamin de douze ans débile profond (tête dans le pâté, questions ignardes, bafouillages, tee-shirt de Wallace et Gromit) et ça a eu le don de faire rire la postière. Kewl.

vendredi 27 juin 2003

Best Of

La plus belle soirée de ma vie, je pense, c'était lors d'une sortie à Carnac avec des copines de Vannes que les autres avaient rencontré en camping. Bien qu'au départ, je me suis légèrement méfié, voyant que ça n'avait pas l'air de partir de manière très organisée.

C'était un de ces magnifiques étés que l'on passait à squatter chez Benoît pendant que ses parents étaient en vacances. Et quand je dis squatter, ça comprend aussi transformer la maison en un endroit insalubre. Et donc on avait décidé sur invitation de se bouger sur Vannes. Benoît s'est proposé pour nous conduire, et a posteriori, je suis content qu'il l'ait fait.

Arrivés là bas, on nous a vaguement expliqué qu'il s'agissait de rejoindre une fête à Carnac. Evènement massivement social, donc, moi je préfère les groupes restreints, mais admettons. Sur place, on retrouve une trentaine de personnes entassées dans un petit studio sous les toits, dans une ambiance embuée. Décemment, on décide qu'il vaut mieux sortir sur la plage, ce qu'on fait, bouteilles à la main.

Après quelques moments d'hésitation dûe au nombre et à l'incompréhension, on finit par atterir déjà bien entamés sur la grêve. Pas qu'elle fusse loin, juste que la marche ça donne soif. Grand cercle rapidement organisé, me mêle pas trop aux conversations, mais j'aime bien l'esprit, l'alcool et le refrain des vagues faisant le reste. Bref complètement fait au bout de quelques heures, je décide de descendre un peu de coca pour redescendre un peu mes esprits.

Parce que je commençais à faire n'importe quoi, à aller pisser n'importe où, à m'approcher de n'importe qui. Et je me souviens avoir fini la soirée les yeux fermés, collant insistamment ma tête contre l'épaule d'une fille qui n'avait rien demandé; ce qui a fait rire tout le monde, dont elle.

Dispersion des troupes, je reviens à la voiture en compagnie de Bérangère, avec qui j'ai sans doute parlé dans le vide. Sur le chemin, on croise une patrouille de la police municipale responsable de la repression de l'ivresse chez la jeunesse, je présume. Moi j'avais toujours ma salvatrice bouteille à la main. L'agent me demande ce qu'il y a dedans et je lui réponds en toute franchise. Il demande quand même à sentir et se rend compte que c'est effectivement du soda innofensif. Et c'est là que, à moi complètement bourré, il sort un "c'est bien, ça fait plaisir de voir des gens sobres" qui aura le don de nous faire pouffer de rire quelques mètres plus loin.

On est rentré dans un sale état chez elles (sauf Benoît, super responsable sur ce coup là, merci à lui). Mais n'ayant définitivement pas envie de me coucher, je suis resté à discuter avec (ou plutôt à écouter discuter) Sam et Gwenola, jusqu'au petit matin. Si mes souvenirs sont bons (et vous imaginez qu'ils le sont), ils ont passé la nuit à essayer de se persuader l'un l'autre de l'importance ou pas de l'acquis et de l'inné chez l'être humain.

A six heures on est sorti acheter des croissants.

lundi 09 juin 2003

Echange

Samedi matin, en allant à la gare, je me suis fait agressé, bien que le terme ne soit pas exact, disons abordé désagréablement, par un individu qui voulait soit disant utiliser sa carte sim avec mon portable pour téléphoner quelqu'un. J'ai feint celui qui voulait rendre service mais qui était pressé; alors du coup il a insisté et il ne m'a pas lâché pendant cinq minutes. Limite il me parlait violemment sur la fin. Heureusement, une âme charitable est passée par là et m'a back-upé pour que l'autre me lâche.

Bon je veux dire, c'est pas comme si cela devait m'ébranler plus que ça. Parce ce genre de choses arrive tous les jours. Mais quelque part, j'aime penser qu'au fond de tous ces mauvais bougres, il y a un relant de bonté, que l'espèce humaine n'est pas fondamentalement méchante. Et donc, ce genre de situations qui me fait imaginer le contraire.

Oui et non, contre-exemple, cette fille super sympa qui est venue à ma rescousse (et avec qui j'ai pu par la suite exercer mes fabuleux talents sociaux -- ahem). Je veux croire que ce monde n'est pas définitivement perdu, et qu'il y aurait moyen à un moment que tout reparte dans le bon sens. Bêtes illusions ?

mardi 04 mars 2003

Surréaliste

J'ai cru voir Emma De Caunes dans une 406 grise immatriculée dans le 92.

lundi 09 septembre 2002

Guichet 2 Escalier B

Si vous aviez le choix entre une vieille méga aigrie, qui limite vous agresse, et qui refuse de vous faire une carte 12-25 sous le prétexte fallacieux qu'on est dimanche, et un jeune super sympa, qui vous accueille avec de la bonne humeur, et qui vous fait la carte sur-le-champ, vous prendriez quoi ? Attention, i'a pas de piège.

lundi 08 février 1999

Sans Titre

Catastrophe ; enfin façon de parler. Sur la liste de huit cédés que j'ai demandé à Benoît, il n'a pu en récupérer que deux ou trois. Enfin bon, il faut remarquer que je m'attendais à ce qu'il ait du mal à trouver quelques-uns, mais pas à ce point-là. Non, là je suis un peu déçu. Mais bon, je vais quand même avoir deux cédés pour cinquante francs, chose formidable bien que totalement illégale. J'ai encore vu un reportage là-dessus hier au soir.

Je n'arrête pas de penser à une fille que j'ai vue vendredi soir a dans le tramway. Elle était mignonne, sans quoi je n'en reparlerai pas, elle était rousse, teinte je suppose, elle ressemblait un peu à Marine, enfin le même style, elle portait des plaques de carton, ce qui me fait penser qu'elle est peut-être en archi ou aux beaux-arts, et qui sans doute m'aurait donné l'occasion de l'aborder en lui offrant mon aide. Mais fidèle à l'état larvaire qui est depuis cinq ans devenu la meilleure façon de me décrire, je suis reste planté là, le dos contre la porte. Elle est descendue en face du Marché U, ce qui me laisse à croire que ce quartier regroupe un pool génétique de beauté supérieure à la moyenne, ou que toutes les étudiantes de Nantes sont des canons. Hypothèse douteuse, je puis le vérifier tous les jours.

En parlant de ça, j'ai revu Élise ; elle est toujours aussi jolie.

samedi 09 janvier 1999

Sans Titre

On est aujourd'hui samedi ; il est 13h 13. Alors que je tapote sur mon clavier, des milliers de jeunes filles n'attendent que moi et n'espèrent qu'une seule chose : que je vienne les embrasser. Et moi pendant ce temps-là, je m'amuse à les faire languir de désir et ça me fait grandement marrer.

Enfin, bon ; il n'est pas interdit de rêver.