dimanche 15 février 2009

Fichue Saint Valentin

Parfois je regrette n'avoir que les mots pour retranscrire ces situations, toutes ces situations, celles qui me marquent, me touchent et m'émoeuvent. Il y a les photos, bien sûr, mais les photos c'est si peu naturel. Et puis, comment y décrire, même imparfaitement, l'ambiance, les odeurs et les sons, voilà qui tient de la gageure. Si malgré tout vous en avez la patience, prenez alors le temps d'allumer un peu d'encens, de mettre un album de The Taste — n'importe lequel, tous sont parfaits — et écoutez. Car aujourd'hui je raconte, aujourd'hui je me raconte, et le titre c'est : fichue Saint-Valentin. Vendredi dernier, je suis dans un restaurant avec Mademoiselle L. Pour fêter la chandeleur, je suis dans une crèperie avec Mademoiselle L. Pour fêter son anniversaire aussi, elle a trente-et-un ans. Et trente minutes de retard. Dès le début elle m'annonce, je suis avec Sylvain maintenant, ce qui a au moins le mérite d'être clair. Je prends donc la nouvelle avec aplomb, car pendant le moment de silence qui s'ensuit je devine qu'elle observe ma réaction. C'est étrange, probablement parfaitement logique, je me rends compte que je ne désire vraiment certaines choses que lorsque je suis absolument persuadé que je ne pourrai jamais les avoir. Ce qui en plus me déstabilise, c'est qu'elle trouve quelqu'un malgré la complexité de sa situation — ne lisez pas ceci de façon péjorative, j'ai toujours eu l'impression qu'elle et moi étions embarqués sur le même bateau, embourbés pour des raisons diverses dans nos routines respectives de célibataires endurcis et que, par la force des éléments, nous aurions éventuellement fini par faire voile commune. Car à défaut de me plaire, assez bizarrement, elle me comprend. Sans même m'écouter vraiment, ou alors par simple politesse, elle me comprend. Elle sait trouver les mots justes pour m'expliquer exactement en quoi mes attentes trop fortes, mes exigeances trop pointues m'empêchent d'aller vers les autres. Vers les autres dont j'espère trop, qui me déçoivent donc si souvent. Accepter une présence, c'est d'abord faire des concessions, à ses idéaux surtout, qui ne sauraient résister aux épreuves du quotidien, aux faiblesses de l'habitude. Je me demande si c'est d'elle dont elle me parle. Ce qu'elle me dit de moi, pourtant, je ne suis pas sans l'ignorer, et c'est sans doute la raison pour laquelle ses paroles prennent une telle résonnance, comme si malgré toute ma discrétion et ces carapaces de secrets dont je m'affuble, elle m'avait percé à jour. Elle m'explique ce que j'ai toujours su, comme si elle l'avait directement lu dans ma tête. Pourtant ce n'est pas comme si on se voyait tous les quatre matins, je ne pensais pas être aussi parfaitement lisible. Voilà qui pourrait m'inciter à baisser mes défenses, qui de toutes façons ne semblent servir à rien. A moins que ce ne soit juste qu'une coïncidence.

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  • Généré automatiquement le mercredi 17 mars à 19:29
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